La Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP) a publié fin juin un rapport d’activité sur les comptes des partis politiques pour la campagne présidentielle de 2007. On y apprend ainsi que les 12 candidats ont dépensé 79 millions d’euros au total, dont 47 millions en “propagande” et notamment 2,5 millions d’euros pour leurs sites Internet. Des sommes bien éloignées de ce que les candidats à la Maison Blanche engloutissent en ce moment.

Candidat Budget sites Internet % dépenses du candidat
Royal 866 220 € 4%
Bayrou 720 511 € 7%
Sarkozy 675 571 € 3%
Voynet 130 172 € 9%
Buffet 107 604 € 2%
Le Pen 29 741 € 0%
Laguillier 17 212 € 1%
Bové 8 859 € 1%
de Villiers 5 485 € 0%
Besancenot 5 404 € 1%
Nihous 2 543 € 0%
Schivardi 664 € 0%

Ci-contre la ventilation des dépenses par candidat.

Le trio de tête est assez logiquement constitué de Ségolène Royal, François Bayrou et Nicolas Sarkozy, qui totalisent à eux seuls 2,3 millions d’euros de budget, soit 88% des dépenses de tous les candidats pour leurs sites Internet.

Seuls deux d’entre eux ont consacré plus de 4% de leur budget à Internet. Pourtant, la Commission ne précise pas si la publicité online (liens sponsorisés, e-mailing, etc.) est prise en compte dans ces chiffres.

Politique.net a par ailleurs entrepris une série d’articles sur le sujet, que je vous invite à lire.

Ségolène Royal a envoyé hier un virulent e-mail aux abonnés de la newsletter de Desirsdavenir.org, au sujet des visites répétées dont son appartement a fait l’objet.

Je vous le retranscris ci-dessous, il se passe de commentaires :

Objet : Ce n’est pas une affaire personnelle, c’est une affaire politique

Chères amies, chers amis,

Le 27 juin dernier, je n’ai pas été victime d’un cambriolage, j’ai été l’objet d’une volonté délibérée de déstabilisation. Et ce, à la veille d’un discours politique important, où je mettais en cause la mainmise du clan Sarkozy sur la France.

Ce ne sont pas des voleurs qui sont venus à mon domicile : on ne m’a même pas volé une boucle d’oreille ! La police elle-même a déclaré mercredi 11 juillet qu’il s’agissait d’une « mise à sac ».

Il fallait que les visiteurs sachent à quelle heure précise j’allais rentrer à mon domicile, à quelle heure précise il n’y avait personne dans l’appartement. C’est un travail de professionnel, maîtrisé, organisé.

Les « visiteurs » ont fouillé mon domicile. Ils ont trouvé la précédente plainte que j’avais déposée. Ils l’ont déchirée et ils l’ont laissée bien en évidence sur un meuble. C’est une mise en scène préméditée.

C’est la troisième fois que mon domicile est visité. La première c’était en août 2006, déjà à la veille d’un discours important, drôle de coïncidence.

Alors, je vous le dit, ce n’est pas d’une affaire personnelle dont je vous parle. C’est une affaire politique d’une extrême gravité.
C’est un scandale dans une démocratie comme la France. Dans une démocratie on ne peut pas accepter cela, on ne peut pas le passer sous silence. De même, on ne peut pas accepter que d’autres responsables politiques - comme Olivier Besancenot - aient fait l’objet d’une surveillance. Le climat est lourd dans notre démocratie.

Volonté délibérée de déstabilisation mais volonté de qui ?

J’ai dit qu’il y avait une drôle de coïncidence, que l’on visite mon domicile à la veille d’un discours politique important. Deux choses me paraissent scandaleuses : d’abord la passivité des autorités de l’Etat, ensuite les insultes du Premier ministre et de l’UMP.

La passivité de l’Etat a été injustifiable. Vous connaissez un pays démocratique dans lequel le domicile d’un responsable de l’opposition est mis à sac trois fois ? Cela fait quinze jours que le pouvoir est parfaitement au courant de ce qui s’est passé. La police est venue et a fait un travail admirable ; le Procureur est resté jusqu’à 3 heures du matin. Le ministère de la Justice et le pouvoir sont donc parfaitement au courant. Et il y a eu des articles de presse dès le lendemain des faits.

Or que se passe-t-il ? Même pas une réaction officielle, même pas un coup de téléphone, rien. Tout se passe comme si on voulait nier ce qui s’est passé. Comme si c’était sans importance et sans gravité. Dans n’importe quelle démocratie, le pouvoir aurait condamné cette mise à sac avec force.

En moins de deux ans, il y a eu six violations de domiciles, concernant des membres de mon équipe ou moi-même. Jamais les coupables n’ont été arrêtés.

Et puis la deuxième chose qui me scandalise, c’est la réaction de la droite à mes propos. Il n’y a pas eu un seul responsable de droite pour reconnaître la gravité de cette affaire. Ils ont voulu me déstabiliser pour me faire taire. Ils n’y sont pas parvenus. Ils n’y parviendront pas.

En ce qui concerne les révélations sur les empreintes digitales d’une jeune femme retrouvées chez moi, lors de la « visite » de mon appartement en 2006, je vous renvoie au communiqué de Jean-Pierre Mignard, Président de Désirs d’avenir, que vous trouverez ci-dessous.

Sachez qu’on ne m’arrêtera pas. Je continuerai avec vous, et avec d’autres, à dénoncer la mainmise du clan Sarkozy sur tous les pouvoirs. On ne fera pas taire la gauche. Croyez-moi.

À très bientôt,

Ségolène Royal

Ségolène Royal a annoncé hier par e-mail que sa contribution - “notre” contribution selon ses termes - pour le Congrès des socialistes de novembre était maintenant disponible sur son site participatif dédié Congresutileetserein.com (lire mon billet à ce sujet). Dans quelle mesure les contributions des internautes ont été prises en compte dans la synthèse finale ? Ce n’est pas clair.

Quoi qu’il en soit, ce dossier en 7 points, qui est le fruit “d’une large participation de militants, de chercheurs et de femmes et d’hommes politiques”, sera remis au Parti Socialiste le 2 juillet. D’ici là, les adhérents peuvent le signer en ligne, ainsi que l’ont déjà fait des centaines de militants.

Ségolène Royal est aujourd’hui l’une des personnalités politiques françaises à faire l’usage le plus intensif du web, alors que des anciens candidats comme François Bayrou ou Nicolas Sarkozy ont presque oublié Internet depuis la fin de la campagne présidentielle 2007.

Il y a quelques jours, l’équipe de la Ségosphère annoncait par e-mail le lancement de la nouvelle version du site Desirsdavenir.org, un peu délaissé depuis la présidentielle.

D’un point de vue esthétique et fonctionnel, cette nouvelle mouture est assez réussie, avec une jolie charte graphique, et une navigation claire et agréable. Destiné à être le navire amiral de la communication online de Ségolène, le site met en ligne agenda, discours, médias, et dispose de fonctionnalités spéciales pour les comités locaux ou les “jeunes d’avenir”.

Du côté des débats participatifs chers à Ségolène Royal, une rubrique permet aux internautes de s’exprimer sur certaines sujets. Seulement cinq sujets de dissertation pour l’instant, mais fort ambitieux, comme par exemple “Un Parti socialiste efficace et ouvert”. Tout un programme. Espérons d’ailleurs que cela finira par déboucher sur un programme.

Le site pointe également vers d’autres spots de l’univers web de Ségolène Royal:

  • Un groupe Facebook - incoutournable en 2008 - qui compte un peu moins de 400 membres.
  • Une galerie Flickr toute récente (10 juin), sur laquelle viennent d’être mises en lignes des photos de meetings remontant à la campagne présidentielle. Il faudra voir si cette galerie sera régulièrement alimentée.
  • Une chaîne Dailymotion à peine plus ancienne (9 juin), qui regroupe déjà 265 vidéos mais seulement 34 fans.
  • Un Skyblog créé en mars 2007, et non actualisé depuis octobre. Encore un Skyblog à l’abandon…
  • Un article Wikipédia. Il est assez étrange de faire un lien vers l’encyclopédie collaborative, car elle est censée être neutre. Or, montrer ainsi que l’équipe web garde un oeil attentif sur ce qui est écrit à propos de Ségolène Royal ne rassure pas quant à la neutralité de Wikipédia.

A signaler également, une interview récente de Ségolène par plusieurs blogueurs politiques, dont Maxime Pasino, Marie-Isabelle Pichon, Dagrouik et Lt Casaldi. Dans une ambiance de goûter de mercredi après-midi, l’entretien fleure un peu l’amateurisme scolaire, face à une institutrice qui a l’air de s’ennuyer avec ces blogueurs “militants politiques modernes”, comme ils disent. De toutes façons, la prise de son est ratée. Bref, je vous en dispense.

Photographie de Richard Ying.

Elles ne sont pas toujours diffusées par les médias traditionnels, qui relaient plus volontiers les altercations entre politiciens de partis opposés. Mais la politique est aussi le théâtre de scènes violentes entre élus du même camp : on en a vu (re)surgir plusieurs ces derniers temps, sur le web. Voici les meilleures scènes.

Ségolène royale. Lors d’une séance du conseil régional de Poitou-Charentes le 26 février dernier, une sérieuse altercation a éclaté entre la présidente (de région) Ségolène Royal et plusieurs membres de l’assemblée dont Jean-François Fountaine, lui-même socialiste. Cette scène, qui avait été diffusée à la télévision en février, est soudainement réapparue de manière opportune sur Internet il y a quelques semaines, au moment où l’ex-candidate annonce ses ambitions à la tête du Parti Socialiste.

Maxime Gremetz enragé. Décidément, les conseils ne se passent pas toujours dans une ambiance feutrée. Lors du conseil régional de Picardie le 28 avril dernier, le député communiste Maxime Gremetz en vient carrément aux mains avec ses homologues socialistes, qui tentent de lui faire quitter la salle. Observez la technique d’attaque très particulière de l’élu en costume :-)

Christine Boutin, ministre du logement, et Claude Goasguen, maire UMP du 16ème arrondissement, se sont chamaillés en direct devant les journalistes le 11 juin, lors d’une visite de Christine Boutin venue inaugurer un centre d’hébergement pour SDF. Claude Goasguen revient sur cet épisode sur son blog.

Villepin sur la presse “pâtée pour chat”. Ce n’est pas une dispute, mais Dominique de Villepin a vivement critiqué la presse, et indirectement le président de la République, lors d’un débat organisé par Politique.net et Dauphine. Il dénonce “l’esprit de cour” et les industriels “partie prenante du jeu politique” (Le Figaro), qui seraient une “vérole pour la démocratie”. L’ancien premier ministre ne mâche pas ses mots, allant même jusque à trouver que la presse avait un plus grand esprit d’indépendance sous l’Empire. C’est évidemment son ennemi juré Nicolas Sarkozy qui est visé, et Dominique de Villepin se fait l’écho - à droite - de la critique selon laquelle les médias seraient fortement influencés par l’Elysée. Avec cette phrase désabusée, inquiétante car elle vient de quelqu’un qui sait de quoi il parle : “En politique, la transparence est toujours le maquillage de quelque chose.” Décidément, les hommes politiques ne sont jamais aussi passionnants que lorsqu’il sont retirés de la vie publique.

Le premier secrétaire du PS se jette à l’eau et crée à son tour un blog, avec quelques années de retard sur d’autres hommes politiques tels qu’Alain Juppé ou Jean-Luc Mélenchon. On ignore si son ex-compagne Ségolène Royal lui a donné un coup de pouce, elle qui n’en est pas à son coup d’essai avec ses différents sites participatifs, Désirsdavenirs.org pour la présidentielle 2007, et plus récemment Congresutileetserein.com. Espérons que ce blog ne sera pas qu’un simple alibi de communication, et que de vrais articles seront postés à un rythme régulier.

Ségolène Royal, plus que jamais décidée à tirer son épingle du jeu pour conduire le Parti Socialiste à la présidentielle de 2012, veut peser de tout son poids lors du Congrès des socialistes en novembre 2008. Pour le préparer, elle vient de lancer un nouvel avatar du concept de démocratie participative, sous la forme d’un site destiné à recueillir les avis des militants socialistes sur les grandes orientations de la gauche moderne. Après Désirs d’avenir en 2007, elle a baptisé son projet d’un nom encore plus consensuel, gentillet et rose bobo : CongrèsUtileEtSerein.com. Au premier degré. Comme l’explique l’ancienne candidate à la présidentielle, il s’agit d’apporter ses idées, qui “nous permettront de composer une belle contribution dont nous serons toutes et tous co-auteurs !”. C’est chouette, non ?

Le site sent encore la peinture fraîche, il est trop tôt pour prétendre à une analyse pertinente de ce projet, mais j’aperçois a priori plusieurs bémols par rapport à la méthode utilisée :

  • Même si aujourd’hui, un foyer français sur deux est relié à Internet, on exclut du jeu une partie importante de l’électorat socialiste, notamment les couches populaires. En effet, les jeunes CSP+ sont sur-représentés dans la population internaute, au détriment des autres profils socio-démographiques, les moins favorisés et les plus âgés.
  • Sur le web, les participants ne représentent qu’une très petite fraction, oscillant selon les sites entre 0,1% et 5% de l’audience. Regardez sur les quotidiens en ligne et les blogs, ce sont toujours les mêmes qui postent des commentaires. Le risque est donc de récolter l’avis d’une minorité active (dont la bonne foi sera difficilement vérifiable à cause de l’anonymat du web, qui plus est), alors que le but est d’obtenir la contribution du plus grand nombre de militants.
  • Pour un projet de cette ampleur, la moindre des choses serait de mettre en place un système participatif sophistiqué, permettant de classer, organiser et hiérarchiser les contributions. Sur LePost et Agoravox, par exemple, les commentaires sont notés par les autres internautes, remontant ou descendant dans la page selon leur valeur. De plus, il est possible de répondre à un commentaire précis, établissant ainsi une arborescence des réponses. Rien de tel sur Congresutileetserein.com : les contributions prennent place dans de simples forums cloisonnés, ne laissant pas la possibilité de noter la qualité des participations, ni de les organiser entre elles.
  • Etrangement, une dichotomie est faite entre la partie “Contribuer” où 10 questions courtes sont posées, invitant les internautes à disserter sur ces thèmes obligés, et les publications “d’experts”, qui ont pu mettre en ligne des textes approfondis mais qu’il est impossible de commenter. Absurde. Souvent, plus l’article de départ fournit de matière à la réflexion, plus les contributions sont intéressantes. On a l’impression que les internautes lambda doivent rester dans leur bac à sable, laissant aux vrais connaisseurs les places de choix sur le site.

Il faudra attendre quelques mois pour se livrer à une analyse de ce deuxième essai de démocratie participative en ligne, mais, d’une part le profil bien spécifique des contributeurs sur Internet, et d’autre part le manque d’aboutissement fonctionnel et technique du site, font douter de l’intérêt réel du projet et de la possibilité d’exploiter ses résultats. Comme Nicolas Vanbremeersch de Versac.net, on peut se demander si cette démarche de Ségolène Royal est “simplement brouillonne, ou juste mensongère”…

Pendant les derniers jours de la campagne présidentielle de 2007, des jeunes militants socialistes avaient suivi caméra au poing Thomas Hollande, le fils de Ségolène Royal en charge de l’animation de la Ségosphère. Le documentaire, réalisé à la façon de l’excellent “Prise de l’Elysée” de Serge Moati, est visible librement sur unfilsencampagne.com.
On n’y apprend rien de renversant, si ce n’est que Ségolène est à peu près aussi chaleureuse avec son fils qu’avec le reste du monde, mais certaines séquences sont intéressantes : les coulisses du discours laborieux du premier tour, le débat de l’entre-deux tours, les réunions dans l’appartement familial de Boulogne-Billancourt, la déception du résultat final.