Fin mars, Pierre Moscovici avait envisagé d’arrêter son blog, déçu et fatigué par la mesquinerie des attaques dont il fait souvent l’objet à travers ses commentaires. Il n’ a pas finalement pas mis son ultimatum à exécution, et continue d’écrire avec la même régularité. Pourtant, il a livré à nouveau cette semaine un billet plus personnel sur la violence des coups qu’il encaisse sur Internet. Et dresse un intéressant parallèle entre l’adoucissement du débat politique du « monde réel » , et au contraire la grande dureté des débats sur Internet.

Selon lui, le monde politique français ne connaît plus aujourd’hui les formidables affrontements des deux siècles précédents, où les enjeux étaient autrement plus lourds pour les hommes qui décidaient de porter leurs idées ; et de citer les grands combats des années 1930, où Léon Blum fut par exemple confronté à l’antisémitisme.

La courtoisie républicaine, l’indifférenciation des discours ont incontestablement progressé. Est-ce un bien? Je ne sais pas, au fond, car cette indistinction peut aussi nourrir la frustration des citoyens [...].

Parallèlement à cet assagissement des politiques, Moscovici observe l’évidente violence des débats sur Internet, où l’anonymat de l’écran permet à chacun de s’exprimer sans retenue, et qui sert de refuge (certains diraient de fosse d’aisance) aux frustations des Français.

Ceci me rappelle une réflexion de Jean-François Kahn lors d’une commission parlementaire (dont je ne retrouverai pas la vidéo) : selon lui, il est sain que les débats parlementaires soient violents, à la mesure des attentes et des exigences des citoyens, sans quoi ceux-ci s’exprimeraient dans la rue s’ils s’estimaient mal représentés par l’hémicycle.

La réalité de ces deux tendances est indiscutable pour qui s’intéresse à la politique et lit la blogosphère. Pourtant, sont-elles vraiment si étroitement corrélées ? « L’étrange dureté du virtuel » est-elle vraiment le reflet des opinions sincères des auteurs ? Les internautes (blogueurs, commentateurs, utilisateurs de réseaux sociaux) ne se livrent-ils pas à l’exagération, protégés par un relatif anonymat et piégés par l’immédiateté de ce média qui pousse à la polémique et à la surenchère ? L’avenir nous l’apprendra et nous verrons si le décalage entre l’exaspération affichée des Français, qu’on ne peut pas ignorer dès que l’on se connecte, et une situation sociale dans le pays, certes sensible mais qui n’a pas (encore ?) explosé, était un exutoire salvateur ou bien un grondement annonciateur de la tempête.

Tags: · · · ·

  Partager

moscovici blog 150x150Le député socialiste Pierre Moscovici, qui tient un blog de façon assidue depuis juin 2007, fais les frais d’une calamité particulièrement répandue dans la blogosphère politique : l’inanité et la stérilité des commentaires.

Dans une « lettre ouverte » publiée hier, il avoue envisager d’arrêter purement et simplement son blog :

Plusieurs d’entre vous, ces jours-ci, l’ont écrit : ce blog est menacé de disparition. Nous n’en sommes bien sûr pas là, mais la stérilité des débats qui s’y déroulent est frappante. [...] Ce blog est un des plus lus de la « blogosphère » politique, peut-être même le premier, [...] bref c’est un succès.

Ce succès est-il pour autant complet ? Non, car j’observe certaines dérives. En effet, quel que soit le sujet traité, [...] le débat dégénère très vite dans une foire d’empoigne, au ton pas toujours très digne, sans argumentations dignes de ce nom, autour d’un thème obsessionnel : Ségolène ou Martine, avec périodiquement le retour de DSK. [...]

Je sais qu’il s’agit d’un symptôme, d’un mal-être plus général, que ce n’est pas spécifique à ce blog. Mais je ne veux pas que celui-ci se transforme [...] en forum de la discorde des socialistes. Je ne vais pas d’emblée arrêter de le nourrir [...] mais je vais observer attentivement le déroulement de vos échanges, puis en tirer des conséquences.

La « commentosphère » est un aspect par essence indissociable des blogs – la notion de discussion étant intrinsèque au blog – mais elle peut paradoxalement mettre en danger les blogs eux-mêmes.

Plus un blog connaît de succès, plus son audience se diversifie et s’éloigne de son coeur de lectorat, prêtant ainsi le flanc à des « trolls » capables de ruiner les conversations. Mais la politique est un thème naturellement exposé : les blogs traitant de jardinage ou de mode ne subissent pas les affres des trolls dans la même mesure. Pierre Moscovici a un peut-être un hobby moins polémique, dont il voudrait faire profiter les internautes à la place de ses billets politiques ?

Tags: · · ·

  Partager

ps rochelleL’Université d’été de La Rochelle a été unanimement qualifiée de lamentable ratage, renvoyant plus que jamais du PS une image de désordre total et d’interminables luttes d’égos.

Pourtant, aussitôt rentrés à Paris, les éléphants, ténors et barons socialistes n’ont rien eu de plus pressé que de jouer les prolongations, estimant que quatre jours de combat de boue étaient un peu courts pour donner la pleine mesure de leur fiel. Et c’est notamment à travers leurs blogs qu’ils ont continué à laver leur linge sale sur la place publique, prenant à témoin leurs internautes.

Jean-Luc Mélenchon, toujours en verve quand il faut gueuler, titre « Un cirque inacceptable« 1 et prend sa plume la plus talentueuse pour se livrer à son exercice favori, balancer sur la tête du PS :

L’indigne merdier de La Rochelle m’a galvanisé. Ni de près ni de loin, je ne veux rien avoir à faire avec cette sarabande de girouettes. Quand je pense que tous ces agités sont ceux qui se donnent de grands airs d’importants responsables et me font des leçons de maintien le reste de l’année! Bien fou qui voudrait confier son pays à de tels vibrions.

Pierre Moscovici est content de retrouver l’air parisien. Il avait cru pouvoir séduire Martine à la plage, mais n’a finalement pas réussi à conclure. On sent qu’il a du vague à l’âme :

Après avoir passé 4 jours dans les affaires du PS, et pas dans ce qu’elles ont de plus ragoûtant, après avoir résisté à une offensive peu digne, puis reconstruit une perspective, j’éprouve le besoin de souffler, de réfléchir, de revenir à l’essentiel. C’est pourquoi je n’ai pas voulu rencontrer Martine Aubry hier : il faut bien analyser les conséquences de l’échec de l’Université d’été [...]

Jean-Jacques Urvoas veut aller de l’avant grâce à sa capacité de mémoire sélective, il préfère « oublier La Rochelle » :

Retour de La Rochelle avec une conviction : il est temps que s’expriment les militants ! [...] Pour faire simple, cette université fut un congrès à blanc. C’est-à-dire avec le pire de ce que nous sommes capables de montrer aux médias (confusion quotidienne, manipulations permanentes, intoxications régulières, trahison même…). Mais aussi sans l’essentiel et donc le meilleur: la voix et le choix des adhérents. [...] Tournons vite la page de cette 15ème université.

Benoît Hamon a la flemme d’écrire – c’est la nouvelle génération – mais l’analyse qu’il nous livre en vidéo sur son blog n’est qu’à moitié optimiste :

A l’évidence, si on s’arrête aux images qui ont été renvoyées par les médias, le spectacle est assez navrant et consternant.

En revanche, Jean-Christophe Cambadélis, que d’aucuns accusent de ne pas détester les coups bas des querelles intestines, concède certes une Université un peu brouillonne, mais reste « calme et serein » pour « travailler à l’unité » :

Mes amis, de grâce, n’ajoutons pas à l’image déplorable de La Rochelle, à cet entrechoc de personnalités et d’ego, le spectacle désolant de notre implosion. Que s’est il passé ? [...]

Bon, parlons-nous ! Rien d’irréparable n’a été commis. Franchement !

Quant aux vrais grands ténors, François Hollande, Bertrand Delanoë et Ségolène Royal, il ont préféré rester au-dessus de la mêlée et ne pas livrer à la sagacité des internautes leur débriefing de ce week-end rochelais, à une encablure de l’Île de Ré.

  1. le titre original est tout en majuscules, mais on ne crie pas sur mon blog []

Tags: · · · · · · · ·

  Partager

moscovici 150x150Pierre Moscovici publie aujourd’hui sur son blog le 2ème épisode d’une analyse sur les raisons de l’incapacité du Parti Socialiste à se ressaisir, malgré l’impopularité de Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal en fait les frais, c’est de bonne guerre.

De plus, selon lui, la présidentialisation du Congrès de Reims serait « suicidaire ». Il considère par ailleurs qu’un parlementaire doit sillonner le pays et savoir animer une équipe, qualités que n’auraient pas les présidentiables les plus fréquemment cités. Alors que lui, infatigable marcheur… Pierre Moscovici se dit « plus que jamais, décidé à avancer ».

Et d’en profiter pour mettre une mandale au blog UMP de sa circonscription, qui joue l’opposition « bête et méchante ». Ils devraient plutôt prendre exemple sur l’opposition constructive du PS ;-) .

Tags: · · ·

  Partager