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L’institut de sondages IFOP vient de publier un bilan de la campagne web des élections municipales de mars 2008. Effectuée sur un échantillon représentatif de 1015 personnes, cette étude fournit 7 indicateurs permettant d’évaluer la mobilisation des internautes français pendant cette période électorale.
L’IFOP en conclut avec assurance que malgré une abstention record dans les urnes, qui est une preuve incontestable du manque d’enthousiasme des citoyens pour ces municipales 2008, les internautes, eux, ont éprouvé le même intérêt pour ces élections que pour la présidentielle de 2007.
Ce résultat étonnant va à l’encontre du ressenti de nombreux blogueurs politiques, dont je m’étais moi-même fait l’écho (cf article “Pourquoi la campagne des municipales a été molle sur le web“).
Regardons les chiffres de l’IFOP qui amènent à cette conclusion :
- 43% des internautes ont recherché au cours de la campagne des informations sur l’actualité politique, contre 44% en 2007
- 21% ont visité le site Internet d’un candidat contre 25% en 2007, soit une baisse de 4 points seulement, et 16% ont visité un blog politique, contre 18% en 2007
- 19% ont visionné au moins une vidéo politique en ligne, ce qui est stable par rapport à la présidentielle 2007
- 10% (-1 point) des internautes ont téléchargé des argumentaires ou des textes politiques et une proportion comparable (13%, +1 point) a recommandé des sites politiques à son entourage
- 15% des internautes interrogés ont transféré par email en cours de campagne des informations sur les municipales à des proches, contre 14% lors de la présidentielle.
Ces indices globaux sont en effet en très légère baisse par rapport à l’élection présidentielle de 2007, qui avait suscité un enthousiasme sans précédent sur le web français. De plus, le nombre d’internautes progressant régulièrement (30,3 millions en mai 2007 contre 31,6 millions en janvier 2008, soit une hausse de 4%, source Médiamétrie), il y a une quasi stabilité en valeurs absolues sur ces indicateurs.
L’IFOP précise néanmoins que ces résultats masquent de fortes évolutions en fonction des populations :
- La recherche d’informations politiques en ligne plonge de 16 points parmi les jeunes adultes (28% contre 44% en avril 2007), de 20 points parmi les professions intermédiaires (22% contre 42% en 2007) et de 17 points parmi les cadres et professions libérales (50% contre 67%). A l’inverse, elle progresse fortement auprès des personnes âgées de plus de 50 ans, en particulier lorsqu’elles sont à la retraite (69% ont recherché des informations politiques en ligne contre 49% lors de la présidentielle)
- La visite de sites de candidats chute de 18 points chez internautes âgés de moins de 35 ans, alors qu’elle progresse de 20 points chez ceux
âgés de 50 à 64 ans. Enfin, seuls 6% des ouvriers connectés sur Internet ont visité un site de candidats contre 26% en 2007.
Selon l’organisme de sondages, on retrouve ainsi les mêmes clivages socio-démographiques dans les urnes que sur Internet pour cette élection.
Alors, comment expliquer le décalage entre la perception de la majorité des blogueurs et médias en ligne d’une forte baisse d’implication des internautes pour le scrutin de mars 2008, et les résultats de cette enquête, qui indiquent une stabilité globale de la fréquentation des sites politiques en comparaison avec la présidentielle de 2007 ?
A mon sens, cette étude manque de profondeur, car elle ne mesure que la fréquentation des sites, et oublie de prendre en compte un élément majeur du web actuel : la participation des internautes. En effet, aucun indicateur de l’enquête ne mesure si les internautes ont laissé des commentaires sur des sites et des blogs (de candidats, d’information, ou de particuliers), s’ils ont contribué à des débats sur des forums, s’ils se sont inscrits à des sites de partis politiques, etc.
Pourtant, la plupart des sites concernés par les municipales avaient mis en place des dispositifs participatifs à la sauce Web 2.0, mais qui n’ont pas eu le succès escompté. En revanche, beaucoup de sites ont incontestablement enregistré une forte hausse de leurs audiences.
Il me semble donc que les acteurs du web politique et l’IFOP ne parlent pas de la même chose : les premiers constatent une faible participation aux débats en ligne, le second répond que la fréquentation a été à la hauteur de 2007. D’où la différence de perception. Intuitivement, on peut d’ailleurs penser que la désaffection des jeunes au profit des plus de 50 ans explique en partie cette chute de la participation, les plus âgés étant moins habitués à utiliser les outils d’expression du web.
Quoi qu’il en soit, ces résultats montrent que, même lors d’une élection peu suivie, l’emploi du web se banalise en politique, auprès de tous les acteurs (partis politiques, sites d’informations et blogs “citoyens”) et auprès de toutes les tranches d’âge d’internautes, y compris les seniors. Ce blog ne risque donc pas de manquer de matière dans les prochaines années