oct
27
Permettez-moi une petite digression à la ligne habituelle de ce blog, pour vous recommander la lecture d’un livre qui n’a rien d’électronique: L’avenir de l’eau d’Erik Orsenna, second Petit précis de mondialisation après son premier opus sur le coton.
L’eau sera l’un des défis du 21ème siècle : comment assurer l’accès au précieux liquide à une population mondiale qui dépassera bientôt les 7 milliards d’âmes, tandis que le réchauffement climatique assèche des régions entières ?
Pour en saisir les enjeux, l’Académicien a joué les globe-trotters pendant deux années, suivant la piste de l’eau sur tous les continents, “du Nil au Fleuve Jaune. De l’Amazone à la toute petite rivière Neste, affluent de la Garonne. De l’Australie qui meurt de soif aux îles du Brahmapoutre noyées par les inondations”. C’est sans doute pour cela que ce petit Précis, délicieusement écrit comme toujours, se lit bien plus comme une enquête de Tintin que comme un essai théorique.
Erik Orsenna était l’invité de Bibliothèque Médicis il y a quelques semaines, et l’émission, très intéressante, est toujours consultable. J’ai aussi noté avec amusement que l’auteur, dans l’avant-propos du livre, invitait ses lecteurs à poursuivre le débat sur son blog, initiative originale (unique ?) pour un membre de l’Académie Française.
août
24
Peut-être avez-vous entendu parler1 du site IWantToVoteToo.com, qui permet aux internautes du monde entier de s’inscrire pour voter virtuellement à une élection étrangère. Bon, le site est moche et il n’y a que 2000 inscrits pour l’instant, mais je parie que l’idée va avoir du succès.
Car elle flatte l’égo d’une certaine catégorie d’”internautes politiques” qui aiment avoir l’impression de pouvoir influencer les décisions politiques, sans pour autant s’engager dans la vraie vie, ni même beaucoup sur le web.
Certes, le créateur du site a raison de dire que “les dirigeants politiques, et en particulier les présidents américains, prennent des décisions qui ont des répercussions bien au-delà de leurs frontières”. Mais croit-il réellement que les dirigeants d’un pays seront influencés par des internautes de l’autre bout du monde ? Illusoire ! Ils n’ont de comptes à rendre qu’à leurs concitoyens, et éventuellement à certains dirigeants internationaux.
Pour la présidentielle américaine, l’immense majorité des Français voterait Obama, de la même façon que pour John Kerry en 2004 et Al Gore en 2000. Sauf que les Français n’élisent pas le président américain, et il serait temps de s’en rendre compte. Étonnamment, sur IWantToVoteToo.com, le pays avec le plus d’inscrits pour l’élection américaine est… la France.
L’article du Post a involontairement une expression très révélatrice : “démocratie virtuelle”. Virtuelle oui, démocratie non. Je crois profondément au rôle bénéfique d’Internet dans la politique, et je m’en fais le relai presque quotidiennement sur ce blog. Mais Internet a ses limites, comme tout média. Au-delà d’un certain point, on entre dans une illusion, un mirage, une politique virtuelle.
En novembre, si John McCain est élu par les Américains, estimera-t-on avoir été trompé ? Criera-t-on à la fraude électorale ? Pensera-t-on que notre voix n’a pas été entendue, et qu’il s’agit d’un “simulacre de démocratie globale” ?
août
4
A lire dans Libération aujourd’hui, plusieurs papiers sur les changements induits par Internet dans la communication entre les politiques et les citoyens.
Un édito de Didier Pourquery donne le ton, avertissant du risque d’une perte d’influence des médias comme 4ème pouvoir, au profit d’une “néodémagogie”.
S’ensuivent deux articles sur l’émergence de Twitter dans la communication des personnalités politiques - surtout aux Etats-Unis, mais aussi avec un début de frémissement en France - et sur l’utilisation des réseaux par Obama dans sa campagne. Deux sujets sur lesquels les lecteurs assidus de ce blog sont en principe déjà très pointus
Un chercheur au CNRS pronostique ensuite, avec une analyse bien étayée, que trop d’interactivité pourrait accentuer l’agitation politique, sans pour autant révolutionner la pratique de la démocratie.
Et vous, qui suivez les initiatives politiques sur Internet en France, aux Etats-Unis et ailleurs, qu’en pensez-vous ?
juin
25
On n’a pas forcément besoin de savoir utiliser un ordinateur pour comprendre comment cela structure le pays.
C’est ce qu’a répondu Marc Soohoo, responsable de la campagne web de John McCain, à Tracy Russo, ancienne blogueuse un brin agressive de l’éphémère candidat démocrate John Edwards, lors du Personal Democracy Forum. En anglais “You don’t necessarily have to use a computer to understand how it shapes the country”. “Mais si !”, a-t-elle répondu.
Z’en pensez quoi vous ? Doit-on être un utilisateur pour comprendre les enjeux de l’informatique et des réseaux de nos jours ?
Edit du 26 juin : Techpresident a fait une revue de presse du phénomène “McCain et l’informatique” qui se répand de façon assez fulgurante sur le web, bien au-delà des rares participants physiques au Personal Democracy Forum, comme le rappelle Koz. Sachez aussi que John McCain a été plusieurs années à la tête de commissions du Congrès traitant de sujets relatifs à la technologie et aux réseaux. Il en saisit donc les enjeux sûrement mieux qu’on ne pourrait le croire.
avr
19
Pour faire suite à mon billet sur la position du sénateur Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis de l’importance d’Internet dans la vie politique, voici un extrait d’un article paru dans La Croix du 3 avril :
Mathieu Castagnet : A l’heure d’Internet, l’art du discours n’a-t-il pas perdu de son importance en politique ?
Jean-Luc Mélenchon : Au contraire, chaque nouveau moyen de communication renforce l’existant. La télévision n’a pas effacé le texte, le libelle, l’éditorial fulgurant, la note assassine. Internet et les nouveaux moyens de communication ne tuent pas plus la parole. Cela donne au contraire aux discours un caractère plus exceptionnel, ce qui fait que les piètres orateurs sont plus mal jugés qu’autrefois. Les gens se disent qu’il aurait mieux fait de distribuer un texte ! Un discours, cela doit être interprété, avec un rythme, des inflexions, une force charnelle. Être bon orateur est un « must », une dignité, un magistère.
Ces deux dernières prises de parole montrent que Jean-Luc Mélenchon a une analyse pertinente du rôle et des enjeux de ce nouveau média, car il saisit fort bien l’utilité et les mutations qu’Internet entraîne dans les domaines de l’information et de la politique. Ce qui n’est pas le cas de tous les hommes politiques de sa génération, loin s’en faut. Pour autant, c’est sans langue de bois qu’il met en garde contre l’enthousiaste sans limites de certains supporters du web : le militantisme online par un simple clic, comme le “journalisme citoyen”, ne remplacent pas l’engagement politique réel, ni le travail des journalistes professionnels.