ile-tentation-150x150Pour compléter mon récent billet au sujet de la commentosphère, je vous invite à lire Narvic, qui s’est livré à une analyse intéressante des chiffres de Rue89 sur sa propre commentosphère, ce qui permet d’avoir une vision un peu plus nette de la représentativité des commentateurs sur les sites politiques.

Par ailleurs, toujours dans le même sujet, on a assisté aujourd’hui à un véritable choc des cultures entre les commentateurs du Monde et ceux du Post, à l’occasion d’un article montrant la vidéo d’un Bernard Kouchner très énervé sur le plateau de France24.

Cet article du Post a été mis en avant sur la page d’accueil du Monde - il s’agit du même groupe - et de nombreux lecteurs du vénérable quotidien en ligne se sont donc retrouvés à lire pour la première fois LePost, un peu comme des inconditionnels d’Arte qui zapperaient par erreur sur l’Île de la Tentation.

La dépressurisation due à la différence de niveau a été brutale. Certains lecteurs du Monde n’ont tout simplement pas supporté, et ont tenu à exprimer leur opinion sur la ligne éditoriale du site du “Mix de l’info”. Par exemple, un certain Charles :

Je suis effrayé par le concept de ce type de média. la logique du pseudo , des “informations” au conditionnel données par tout le monde, des réactions insensées, gratuites, sous prétexte de liberté d’expression.
Je n’ose pas imaginer les dégâts que peut causer cette nouvelle forme de journalisme.
Le lien en une du monde.fr vers le post.fr amplifie encore la confusion sur la valeur de l’information.
J’ai 3 jeunes enfants, j’espère que les professeurs et nous les parents sommes armés pour éduquer à l’esprit critique car les dégâts seront considérables.
Nous construisons une génération de la défiance, de la délation, de la rumeur et de la calomnie.

Paf ! Et Charles n’était pas seul, il a été soutenu par plusieurs autres internautes, eux aussi violemment surpris par le choc thermique. Ainsi, quelques minutes plus tard, on apporte de l’eau à son moulin :

Ce n est pas du journalisme. Ce genre de site c est un peu comme la version virtuelle des graffitis de toilettes publiques. C est une mine précieuse pour l archéologie sociologique des siècles à venir. Imaginez la valeur scientifique du contenu d une journée de Post retrouvée sur un mur de toilette de pyramide. Cela ferait progresser la connaissance de la civilisation Egyptienne.
En archeologie, les meilleures trouvailles se font dans les toilettes, c est d ailleurs le premier objectif à trouver sur un site.
Imaginez le Post sous l occupation en France entre 1940 et 1944 puis sous l epuration en 1944 et 1945! Quel outil pour comprendre les Français.

Et une troisième réaction, toujours du même tonneau :

charles bourget, ce n’est pas du journalisme, ces forum sont des bistrots virtuels, qui attirent bcp de détraqués, qui a bout d’argument, deviennent grossiers et vulgaires, le tout exprimé dans un français approximatif truffé de fautes d’orthographe. Les posts déposés ont autant de valeur que ceux entendus, parait-il, dans un café du commerce. C’est affligeant. Je ne peux que partager votre émoi !

Il va sans dire que ces remarques n’ont pas été très bien prises par les commentateurs réguliers du Post, dont certains ont essayé de défendre “leur” journal. Mais rapidement, le flot des commentaires habituels du Post a emporté ceux des snobs intellectuels, et le débat sur le niveau de l’information a été balayé…

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commentateur-enrage-150x150Les plateformes et blogs politiques recherchent et se nourrissent des commentaires des internautes, ils sont partie intégrante et un indicateur fort du succès d’un site. Cette “commentosphère”, qui coexiste avec la blogosphère tel le poisson pilote du requin ou l’oiseau compagnon du rhinocéros, constitue donc une partie non négligeable du contenu des sites. L’interaction avec les visiteurs est d’ailleurs un principe essentiel du Web 2.0.

Mais les lecteurs réguliers de sites politiques français ne peuvent pas manquer de constater à quel point les opinions exprimées par les internautes sont beaucoup plus tranchées que ce que l’on entend généralement autour de soi, dans la “vraie vie” chez le citoyen lambda. Que ce soit sur des grands titres de presse (Libération, Le Monde, Le Figaro, 20minutes…), des “pure players” politiques (Agoravox, LePost, Backchich, Rue89…) ou des blogs petits et grands, les commentaires que laissent les lecteurs sont souvent très vifs, polémiques, voire irréfléchis ou franchement extrémistes.

Nicolas Sarkozy, Georges W. Bush et d’autres personnalités controversée sont les cibles préférées de ce lynchage quotidien, mais des thèmes comme la théorie du complot, la certitude d’une révolution imminente, la banalisation du terme “fascisme” sont également tous les jours au menu.

Quel crédit accorder à ces réactions de comptoir épidermiques, gravées dans le marbre pour l’éternité à cause d’Internet ? La commentosphère est-elle réellement l’expression d’un vaste mouvement politique underground ignoré par les grands médias comme elle aime à se décrire, ou s’agit-il seulement d’une petite minorité très active qui monopolise le cyberespace politique ? Et cette minorité serait-elle composée d’écervelés ou de citoyens convaincus de leurs idées ?

Cette réflexion me traverse régulièrement l’esprit, mais j’ai lu aujourd’hui sur Agoravox et sur LePost les réponses à une vidéo de Jean-Marie Le Pen qui exprimait ses doutes sur la réalité de la captivité d’Ingrid Betancourt. Un thème qui a d’ailleurs beaucoup excité le monde politique sur Internet ces derniers jours. Eh bien, la grande majorité des commentateurs est d’accord avec la théorie du complot exprimée par le leader du Front National ! Il dispose même d’un certain capital sympathie grâce à son franc-parler supposé, le brave homme. Pour certains, il a même “absolument raison”. Rien à voir bien sûr avec cette “pourriture fasciste grabataire” de Serge Dassault, par exemple.

Évidemment, il est tellement simple de se réfugier derrière l’anonymat d’un pseudo pour déverser sa bile et ses délires. Mais les commentateurs doivent avoir conscience qu’ils participent au contenu, voire à la ligne éditoriale d’un site. Ils devraient donc écrire sur le Web la même chose que ce qu’ils diraient de manière réfléchie et en face-à-face dans une discussion réelle.

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