août
27
Jean-Luc Mélenchon est revenu de vacances. Et son blog lui a terriblement manqué, si on en juge par son billet de rentrée long comme un discours de Georges Marchais. Qu’il est bon de retrouver son clavier !
Frustré d’expression bloguistique pendant tout l’été, Jean-Luc Mélenchon peut enfin se soulager en nous livrant son point de vue sur tout ce qui lui est passé par la tête ces dernières semaines. Façon Fidel Castro.
Mélenchon fustige. Fustiger, c’est sa vie. Le « semi-racisme » des médias français qui persiflent avec arrogance le régime chinois, mais qui passent sous silence la « provocation » de ce cul-bénit de Dalaï-Lama ; le manichéisme des mêmes médias qui angélisent la Géorgie et foulent du pied le drapeau russe, sans le moindre respect pour la glorieuse histoire passée de ce grand pays ; la honteuse commémoration de ce « bigot hirsute » (sic) de Soljenitsyne, propagandiste et affabulateur à la solde des impérialistes américains…
Les Français sont manipulés par les médias. Heureusement qu’il y a les blogs. Mais Mélenchon est nostalgique. Qu’il semble loin, le temps de la toute-puissante Union Soviétique…
Nous avons de la chance, il reste encore sur Internet quelques sages dinosaures pour nous mettre en garde contre les dangereuses dérives du monde libre.
Toi Vladimir Illitch / Si tu es le prophète / Viens nous parler encore en plein coeur de Moscou…
août
15
Le correspondant-blogueur chinois de Marianne2.fr, dénommé Zola, a été arrêté mercredi en Chine en raison de ses activités politiques sur Internet. Mais grâce à son téléphone portable, il a pu raconter en direct via Twitter ce qui lui arrivait. Heureusement, Zola a été relâché en fin de journée, mais il est maintenant assigné à résidence. L’histoire complète est à lire sur Marianne, ici et ici.
Cette arrestation coïncide avec la sortie de statistiques sur le nombre d’arrestations de blogueurs dans le monde entre 2004 et 2007, passé de 2 à 35. Des chiffres à prendre avec des pincettes néanmoins, car ils ne tiennent pas compte de l’augmentation fulgurante du nombre de personnes considérées comme « blogueurs ». De plus, les motifs n’ont parfois rien de politique (pédophilie par exemple) et certains n’ont pas été arrêtés mais seulement fait l’objet d’un procès (c’est le cas de Christophe Grébert).
août
11
Reporters Sans Frontières ne relâche pas ses efforts pour dénoncer le régime chinois à l’occasion des JO de Pékin, et ce combat prend de plus en plus d’importance sur le web. Après avoir été hackés jeudi dernier, RSF riposte en appelant à cyber-manifester devant le Stade Olympique de Pékin.
C’est beaucoup plus facile que de prendre un billet d’avion pour aller sur place. Il vous suffit de vous inscrire sur le site et de choisir une banderole à brandir à l’écran : « Libérez les prisonniers olympiques », « Oui au sport, non à la répression », « Pas de fête olympique sans liberté »… En me connectant ce soir, j’ai constaté 16 723 manifestants virtuels.
L’impact de ce genre d’événement auprès des autorités chinoises est à mon avis strictement nul. Un peu comme si on essayait de repousser l’invasion russe en Géorgie en jouant à Counter Strike.
août
9
Malgré un assouplissement de la censure exercée habituellement par la Chine sur Internet, les journalistes présents à Pékin pendant les Jeux Olympiques ne pourront pas accéder librement à l’ensemble du web. En effet, les sites de partis dissidents, de certaines organisations internationales et de certains journaux étrangers restent inaccessibles.
Mais il existe une solution à la McGyver pour contourner ces blocages. Un groupe de hackers allemands, le CCC, distribue aux visiteurs étrangers un « Freedom Stick ». C’est en fait une simple clé USB contenant Tor, un programme qui a déjà fait ses preuves1 et qui permet de surfer anonymement afin de cracker le grand firewall chinois.
Cependant, certaines agences de presse avaient déjà mis en place des solutions pour leurs reporters, en leur permettant de se connecter de façon cryptée à un serveur proxy en dehors de la Chine, qui leur donne ensuite accès à l’Internet non censuré.
- notamment dans des pays tels que Cuba, où la censure sévit aussi sur Internet [↑]
août
7
L’AFP rapporte que le site de Reporters Sans Frontières a été piraté aujourd’hui, à la veille de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin. Etant donné le militantisme médiatique de RSF contre les privations de liberté en Chine, il ne fait guère de doute que ce piratage est politique.
Selon des responsables de l’organisation, la provenance de l’attaque serait Taïwan, mais « de bons hackers peuvent la falsifier ». Suivez mon regard… D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que RSF est victime de cyber-attaques ces derniers mois.
juin
7
On s’éloigne un peu des sujets habituels de ce blog, mais je voulais vous faire partager ma découverte du jour: des collections d’affiches de propagandes soviétique, chinoise et cubaine, des années 1930 jusqu’à la chute du Mur. Ces innombrables affiches placardées pendant 70 ans dans les pays communistes ont un intérêt artistique et historique certain.
Le blog A Soviet Poster A Day présente plus d’une centaine d’affiches soviétiques, avec des explications bien faites et détaillées. L’International Poster Gallery, l’International Institute of Social History et Soviet Posters ont également une belle collection d’affiches politiques, militaires et éducatives, mais malheureusement sans légende. L’occasion de découvrir à quel point la lutte contre l’alcoolisme est depuis toujours un sujet de préoccupation en Russie.
Le blog de Stefan Landsberger et l’International Institute of Social History disposent par ailleurs de belles collections de posters chinois et cubains.
Quelques trouvailles :
juin
1
Les dirigeants communistes chinois n’ont jamais été réputés pour leur accessibilité et leur proximité avec les citoyens. Contrairement à leurs homologues scandinaves, on ne souvient pas d’avoir vu des membres du gouvernement révolutionnaire faire leurs courses chez Ikea un samedi après-midi, ni prendre le bus pour se rendre au Parlement.
Et pourtant, il se pourrait bien le premier ministre chinois Wen Jia-bao soit en train de donner une leçon de communication (démagogie ?) politique à ses confrères occidentaux en s’inscrivant sur Facebook le 14 mai dernier. Ce n’est pas un imposteur – certains ont essayé au Maroc, ils ont eu des problèmes -, il s’agit réellement de la page du premier ministre.
Sa popularité étant décuplée depuis sa gestion de la catastrophe du tremblement de terre, Wen Jia-bao a connu une impressionnante augmentation de son nombre d’amis : 14 000 le 28 mai, 20 000 le 29 mai, et plus de 41 000 ce 1er juin, ce qui le hisse à la 6ème place des politiciens les plus populaires sur Facebook, devant Arnold Schwarzenegger, Nicolas Sarkozy ou George W. Bush ! Barack Obama doit commencer à regarder dans son rétroviseur pour surveiller ce concurrent venu de l’autre bout du monde… Et comme les internautes chinois sont maintenant plus nombreux que les américains, il est théoriquement possible que « Grand-père Wen » prenne un jour la 1ère place du podium.
Sur son « wall », près de 6000 messages, dont beaucoup postés par des Occidentaux, mais aucun qui ne soit trop critique. De nombreuses personnes plaident même pour l’attribution du Prix Nobel de la paix à Wen Jia-bao, à tel point que leur appel commence à être entendu. Voici un nouvel exemple de la façon dont le gouvernement chinois utilise Internet à son avantage, en censurant lorsque c’est nécessaire mais surtout en encourageant les manifestations de soutien. Allez, même pas cap’ de « poker » le premier ministre chinois !
avr
29
Les internautes chinois (rappelons qu’ils sont maintenant 220 millions, plus nombreux que les internautes américains) utilisent à large échelle le web pour riposter contre les manifestations occidentales en faveur du Tibet. La censure du gouvernement chinois est en effet sélective, et laisse passer ce qui l’arrange quand il le faut.
Ainsi, des sites ont récemment été créés pour inciter au boycott de certaines marques françaises, dont LVMH et Carrefour.
Par ailleurs, Thomas Crampton, sur le blog de Loïc Le Meur et sur le sien, a relevé un certain nombre de vidéos patriotiques chinoises diffusées sur Youtube. Le néologisme de User Generated Propaganda est parfois utilisé.
La Chine n’est pas une démocratie, mais la voix de son peuple – certes peu éclairé à cause du filtrage de l’information – s’exprime aujourd’hui massivement sur Internet exactement comme dans une démocratie occidentale, en quelques clics.
avr
23
Une nouvelle mode se répand actuellement sur le web chinois en réaction aux manifestations occidentales pour l’indépendance du Tibet et aux menaces de boycott des JO de Pékin. Les Chinois qui utilisent MSN Messenger et qui veulent marquer leurs sentiments patriotiques – ou leur désapprobation de la campagne occidentale pro-Tibet – affichent dans leur pseudo le symbole « [coeur] CHINA ». Selon la télévision chinoise Dragon TV, plus de 5 millions d’utilisateurs arboreraient ce pin’s électronique. Une variante consiste aussi à le faire suivre d’un « [coeur brisé] CNN ».
Cette pratique rappelle tout à fait l’utilisation du statut Facebook lors des excuses officielles du gouvernement australien aux aborigènes. Ce jour-là, de nombreux Australiens avaient alors mis comme statut « is sorry ».
Image de Shangaiist.
avr
22
Comme le signale TechCrunch, le site américain SportsNetwork, qui fait partie du réseau CNN/SI, a été piraté ce week-end par des hackers chinois et utilisé comme tribune politique. Le message suivant a été affiché en chinois et en anglais (pardon pour la traduction) :
Le Tibet était, est et sera toujours une partie de la Chine. Nous ne sommes pas contre les médias occidentaux, mais contre les mensonges et les histoires fabriquées dans les médias. Nous ne sommes pas contre le peuple occidental, mais contre le préjudice de la société occidentale.
Selon Comscore, l’audience du site n’est pas très importante, avec 264 000 visites en février. Cet acte est donc loin d’avoir l’impact qu’aurait eu l’attaque du site principal de CNN. La question que l’on peut se poser est de savoir si les pirates sont indépendants ou s’ils agissent pour le compte du gouvernement chinois.
En effet, comme le révélait un article de CNN paru en mars, la Chine – qui vient de dépasser les Etats-Unis en nombre d’internautes – recèle de très nombreux jeunes et talentueux hackers, dont certains seraient payés par les autorités pour pirater des sites occidentaux, particulièrement en cette période de crispations tibétaines. Les systèmes du Pentagone auraient même été infiltrés, même si l’administration américaine n’a pas voulu commenter l’affaire ni accuser le gouvernement chinois.
Edit : Voici le site qui semble être responsable du piratage : hackcnn.com. Apparemment, il propose de télécharger un petit software qui attaque SportsNetwork. Des milliers de téléchargements ont permis d’obtenir le résultat que l’on sait.
avr
20
Je vous avais parlé en mars de la pétition internationale en ligne pour soutenir le Tibet, qui avait atteint 1 million de signatures en 7 jours, un record. La pétition a été envoyée sous forme imprimée aux dirigeants chinois, et le site Avaaz.org assure que les nouvelles signatures – il y en actuellement 1,6 million – seront elles aussi envoyées au fur et à mesure. Selon The Asian Pacific Post, ce sont les Français qui ont le plus participé, avec 376 000 autographes, ce qui représente 6 signataires pour 10 000 Français et plus de 1% des internautes hexagonaux.
Cette action est un exemple typique de la rapidité fulgurante avec laquelle les citoyens du monde entier peuvent aujourd’hui se mobiliser et s’organiser pour une cause grâce à Internet. Même si, rappelons-le, cette mobilisation n’a pour l’instant produit aucun effet visible sur le gouvernement chinois.
Le paradoxe d’une telle cyber-mobilisation est que les Tibétains ont très peu accès à Internet, le Tibet étant la province chinoise la moins équipée. Pourtant, les rares habitants connectés affirment que, grâce au réseau mondial, pour la première fois le Tibet n’est plus isolé du reste du monde dans sa lutte. Selon eux, le nombre exceptionnel de signatures recueilli impressionne les dirigeants locaux et redonne de l’espoir au peuple. C’est au moins ça, mais il faudra encore attendre pour voir si cette action online peut concrètement faire infléchir la politique chinoise.
avr
9
Depuis le 1er avril, la Chine permet à nouveau l’accès aux versions anglaises des sites Wikipedia, Blogspot et Youtube, qui étaient inaccessibles depuis respectivement novembre 2006, janvier 2008 et mars 2008. Le récent blocage de Youtube était une tentative d’empêcher la diffusion en Chine des vidéos des émeutes au Tibet mises en ligne par des particuliers sur Internet. RSF espère qu’il ne s’agit pas d’un geste temporaire pour amadouer les pays occidentaux durant les Jeux Olympiques, et rappelle que des milliers de sites sont toujours bloqués par les autorités.
L’accès à Youtube est par contre devenu impossible en Indonésie depuis le 2 avril chez trois fournisseurs d’accès, toujours selon RSF. Le gouvernement a en effet demandé aux 146 opérateurs télécom locaux de procéder au blocage de plusieurs sites susceptibles de diffuser le film anti-islam « Fitna » : Youtube, MySpace, Metacafe, Rapidshare, Liveleak et Themoviefitna.com. Pour l’instant, seules 3 sociétés, dont le principal fournisseur d’accès du pays, PT. Excelcomindo, se sont pliées à cette demande de censure.
avr
8
Le premier moteur de recherche chinois, Baidu, qui se positionne loin devant Google avec 75% de part de marché domestique, affiche aujourd’hui un logo modifié en l’honneur de Barack Obama. On y voit le candidat tout sourire jetant un filet de pêche (à la recherche de financement sur le web ?), accompagné d’un âne (ce n’est pas une insulte, c’est le symbole des démocrates). La raison de ce soutien imprévu n’est pas claire : les Chinois veulent-ils marquer leur mécontentement envers Hillary Clinton, qui a recommandé hier à George W. Bush de boycotter la cérémonie d’ouverture des J.O. ?
Cette opération ne passera pas inaperçue, puisque Baidu est le 19ème site mondial en termes d’audience (source Alexa, mars 2008). En cliquant sur le logo, on arrive même sur une page dédiée à Barack Obama, que je serais bien en peine de vous traduire. Selon Pacific Epoch, c’est la 6ème fois seulement que Baidu modifie son logo pour une personnalité, et la première fois pour un étranger.
avr
8
Le périple chaotique de la flamme olympique hier à Paris, bousculée à chaque mètre par des manifestants pro-Tibet ou anti-Chine et qui s’est transformé à plusieurs reprises en sérieuse empoignade, a fait l’objet d’un abondant traitement sur le web.
Dans les journaux français en ligne, plusieurs rédactions ont prévu un dispositif en direct pour suivre le parcours du combattant de la flamme et de ses porteurs. La palme revient à 20minutes.fr, qui s’est montré à la hauteur de son nom en proposant un suivi presque minute par minute, grâce à ses journalistes sur place et aux internautes. De 9h43 à 22h08, la page consacrée s’est allongée en direct au fil des événements, ainsi que le diaporama et la vidéothèque, ouverts aux contributions d’internautes. A la fin de la journée, la page ressemblait beaucoup plus à un historique Twitter qu’à un article de journal. Sorties de leur contexte, certaines phrases surréalistes prêteraient presque à rire (cf extraits plus bas).
Selon 20minutes, la forte couverture online de l’événement a causé une inflation du mot-clé payant « flamme olympique » sur Google, passant de 0,08 € le matin à plus de 8 € en fin de journée !
A noter que Reporters Sans Frontières s’est félicité à travers un communiqué publié sur son site du succès de son action, « malgré un déploiement policier massif« .
Pourtant, les médias chinois n’ont pas diffusé le même récit, comme l’écrit Lefigaro.fr qui a recensé des réactions sur le web. La télévision CCTV décrit sur son site « le soutien chaleureux du public français », l’agence Chine Nouvelle note que « certaines personnes avaient tenté en vain de perturber le parcours de la flamme à Paris », et ses photographes ont réussi l’exploit de saisir les rares instants vierges de drapeau contestataire lors du parcours.
Quant au site officiel des J.O., il manie lui aussi l’euphémisme sans complexe, résumant la situation ainsi : « Bravant les manifestations de quelques séparatistes tibétains, le relais olympique a pu être réalisé comme prévu. »
mar
29
Ce serait une erreur de croire que le gouvernement chinois verrouille l’accès au web à ses 210 millions d’internautes : certes, il censure durement ce qui va à l’encontre de ses intérêts, mais il sait aussi utiliser le réseau mondial pour diffuser sa propagande. Or, l’Empire du Milieu n’apprécie guère l’attitude actuelle de la France, qui condamne les violences au Tibet, soutient le Dalaï-Lama et envisage un boycott de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.
En réaction, le 2ème portail chinois, Sohu.com, vient d’ouvrir une chaîne anti-française, appelant au boycott des produits et services hexagonaux. Les internautes sont invités à exprimer leurs sentiments envers la France, et 60 000 commentaires (pour la plupart très négatifs) ont déjà été écrits.





