Après la filature d’Olivier Besancenot, le mystérieux boîtier de Bernard Thibault et les visites de l’appartement de Ségolène Royal, la militante communiste et féministe Clémentine Autain serait-elle la nouvelle victime d’une tentative de muselement des personnalités de gauche ?

Sûrement pas. Mais son blog, ouvert depuis août 2006, est atteint d’un bug qui l’empêche de poster de nouveaux billets depuis près de 3 semaines. C’est en tous cas ce qu’a annoncé l’administrateur la dernière fois qu’il a réussi à se connecter. Mais vu la fréquence des billets (5 à 8 par mois) et son peu d’empressement à résoudre le problème technique, on imagine que Clémentine ne fait pas de son blog une priorité dans sa communication. Ou qu’elle est tout simplement partie en vacances.

Tout a commencé lorsqu’un sénateur républicain du Texas, John Culberson, a envoyé mardi 8 juillet sur Twitter le message suivant : “J’apprends que les Démocrates veulent interdire l’accès pour les membres du Congrès à Twitter, Qik, Youtube, Utterz, etc. — scandaleux et je me battrai contre”.

Ca n’a l’air de rien comme ça, mais les politiques outre-Atlantique sont beaucoup plus avancés que nous dans l’utilisation d’Internet et de services sociaux tels que Twitter pour communiquer avec leurs électeurs. Cette fausse rumeur de censure démocrate s’est répandue comme une traînée de poudre sur le web grâce à la blogosphère républicaine. Une pétition a été mise en ligne sur Sunlightfoundation.com, arguant qu’on “ne devrait pas priver les législateurs de se joindre à nous dans les conversations en ligne”.

En quelques jours, l’affaire du “Twitter Dome Scandal” a pris tant d’ampleur que la porte-parole du parti démocrate, Nancy Pelosi, a du communiquer un démenti de ces rumeurs pour calmer le jeu. A 68 ans, Mme Pelosi en a d’ailleurs profité pour souligner qu’elle était très à l’aise avec le web 2.0, et qu’elle possédait des comptes sur Digg, Facebook, Flickr et YouTube.

Imaginerait-on les députés français avoir un débat enflammé sur le sujet ? La plupart d’entre n’ont probablement jamais entendu parler de ces services, et les ont encore moins utilisés.

Les plateformes et blogs politiques recherchent et se nourrissent des commentaires des internautes, ils sont partie intégrante et un indicateur fort du succès d’un site. Cette “commentosphère”, qui coexiste avec la blogosphère tel le poisson pilote du requin ou l’oiseau compagnon du rhinocéros, constitue donc une partie non négligeable du contenu des sites. L’interaction avec les visiteurs est d’ailleurs un principe essentiel du Web 2.0.

Mais les lecteurs réguliers de sites politiques français ne peuvent pas manquer de constater à quel point les opinions exprimées par les internautes sont beaucoup plus tranchées que ce que l’on entend généralement autour de soi, dans la “vraie vie” chez le citoyen lambda. Que ce soit sur des grands titres de presse (Libération, Le Monde, Le Figaro, 20minutes…), des “pure players” politiques (Agoravox, LePost, Backchich, Rue89…) ou des blogs petits et grands, les commentaires que laissent les lecteurs sont souvent très vifs, polémiques, voire irréfléchis ou franchement extrémistes.

Nicolas Sarkozy, Georges W. Bush et d’autres personnalités controversée sont les cibles préférées de ce lynchage quotidien, mais des thèmes comme la théorie du complot, la certitude d’une révolution imminente, la banalisation du terme “fascisme” sont également tous les jours au menu.

Quel crédit accorder à ces réactions de comptoir épidermiques, gravées dans le marbre pour l’éternité à cause d’Internet ? La commentosphère est-elle réellement l’expression d’un vaste mouvement politique underground ignoré par les grands médias comme elle aime à se décrire, ou s’agit-il seulement d’une petite minorité très active qui monopolise le cyberespace politique ? Et cette minorité serait-elle composée d’écervelés ou de citoyens convaincus de leurs idées ?

Cette réflexion me traverse régulièrement l’esprit, mais j’ai lu aujourd’hui sur Agoravox et sur LePost les réponses à une vidéo de Jean-Marie Le Pen qui exprimait ses doutes sur la réalité de la captivité d’Ingrid Betancourt. Un thème qui a d’ailleurs beaucoup excité le monde politique sur Internet ces derniers jours. Eh bien, la grande majorité des commentateurs est d’accord avec la théorie du complot exprimée par le leader du Front National ! Il dispose même d’un certain capital sympathie grâce à son franc-parler supposé, le brave homme. Pour certains, il a même “absolument raison”. Rien à voir bien sûr avec cette “pourriture fasciste grabataire” de Serge Dassault, par exemple.

Évidemment, il est tellement simple de se réfugier derrière l’anonymat d’un pseudo pour déverser sa bile et ses délires. Mais les commentateurs doivent avoir conscience qu’ils participent au contenu, voire à la ligne éditoriale d’un site. Ils devraient donc écrire sur le Web la même chose que ce qu’ils diraient de manière réfléchie et en face-à-face dans une discussion réelle.

Ségolène Royal est aujourd’hui l’une des personnalités politiques françaises à faire l’usage le plus intensif du web, alors que des anciens candidats comme François Bayrou ou Nicolas Sarkozy ont presque oublié Internet depuis la fin de la campagne présidentielle 2007.

Il y a quelques jours, l’équipe de la Ségosphère annoncait par e-mail le lancement de la nouvelle version du site Desirsdavenir.org, un peu délaissé depuis la présidentielle.

D’un point de vue esthétique et fonctionnel, cette nouvelle mouture est assez réussie, avec une jolie charte graphique, et une navigation claire et agréable. Destiné à être le navire amiral de la communication online de Ségolène, le site met en ligne agenda, discours, médias, et dispose de fonctionnalités spéciales pour les comités locaux ou les “jeunes d’avenir”.

Du côté des débats participatifs chers à Ségolène Royal, une rubrique permet aux internautes de s’exprimer sur certaines sujets. Seulement cinq sujets de dissertation pour l’instant, mais fort ambitieux, comme par exemple “Un Parti socialiste efficace et ouvert”. Tout un programme. Espérons d’ailleurs que cela finira par déboucher sur un programme.

Le site pointe également vers d’autres spots de l’univers web de Ségolène Royal:

  • Un groupe Facebook - incoutournable en 2008 - qui compte un peu moins de 400 membres.
  • Une galerie Flickr toute récente (10 juin), sur laquelle viennent d’être mises en lignes des photos de meetings remontant à la campagne présidentielle. Il faudra voir si cette galerie sera régulièrement alimentée.
  • Une chaîne Dailymotion à peine plus ancienne (9 juin), qui regroupe déjà 265 vidéos mais seulement 34 fans.
  • Un Skyblog créé en mars 2007, et non actualisé depuis octobre. Encore un Skyblog à l’abandon…
  • Un article Wikipédia. Il est assez étrange de faire un lien vers l’encyclopédie collaborative, car elle est censée être neutre. Or, montrer ainsi que l’équipe web garde un oeil attentif sur ce qui est écrit à propos de Ségolène Royal ne rassure pas quant à la neutralité de Wikipédia.

A signaler également, une interview récente de Ségolène par plusieurs blogueurs politiques, dont Maxime Pasino, Marie-Isabelle Pichon, Dagrouik et Lt Casaldi. Dans une ambiance de goûter de mercredi après-midi, l’entretien fleure un peu l’amateurisme scolaire, face à une institutrice qui a l’air de s’ennuyer avec ces blogueurs “militants politiques modernes”, comme ils disent. De toutes façons, la prise de son est ratée. Bref, je vous en dispense.

Photographie de Richard Ying.

Un de ces jours, il faudra que je vous dresse une liste de mes sources d’information préférées pour les thèmes traités sur ce blog. L’une d’entre elle est sans hésitation PoliticsOnline, un site américain qui parle des mêmes sujets que Vicastel.net, mais en 10 fois mieux et 100 fois plus complet.

Or, PoliticsOnline et le Forum Mondial de l’e-démocratie (également une bonne source) lancent ces jours-ci la 9ème édition d’un concours pour élire les 10 personnalités les plus influentes dans le monde de la politique et d’Internet. Le fondateur de PoliticsOnline, Phil Noble, justifie son initiative de cette phrase bien sentie :

“The on and off-line world of politics are no longer separate realities…the leaders on the web are leading the world.”

Comme il a raison. Les candidats potentiels doivent répondre aux critères suivants:

  • Personnalités qui agissent concrètement et efficacement dans le domaine de la politique en ligne et/ou de l’e-Gouvernment
  • Organisations tournées vers l’avenir qui mènent sur le chemin de la révolution numérique
  • Idées ou stratégies innovantes qui ont changé pour toujours le processus politique

Si vous connaissez des personnes correspondant à ce profil, ou si vous estimez vous-même pouvoir participer à cette compétition*, les dossiers doivent être soumis à cette adresse avant le 21 juillet. Une short-list sera ensuite proposée aux internautes le 28 juillet, qui seront invités à élire les 10 meilleurs.

Les gagnants du trophée remporteront… en fait, essentiellement leur quart d’heure de gloire, ainsi que des invitations au Forum Mondial de l’e-démocratie qui se tiendra en octobre à Issy-les-Moulineaux. Si cela vous intéresse, vous pouvez consulter la liste des vainqueurs 2007, en attendant de voter pour l’édition 2008.

* Ne rigolez, je suis sûr que des gens comme Versac, Luc Mandret ou Birenbaum ne vont pas hésiter à se présenter… ;-)

L’un des sports préférés des élus du Parti Socialiste, surtout lorsqu’ils se trouvent être dans l’opposition comme en ces années de sarkozysme, c’est de se chercher noise entre eux. On s’invective, on se scandalise, on vocifère et on s’indigne, tout cela dans une joyeuse ambiance de cour d’école, mais sous les ors de l’Assemblée ou du Sénat, et payé par nos impôts. Avant l’ère numérique, les socialistes aimaient régler leurs comptes par journaux interposés (Le Monde et le Nouvel Obs étant leurs bacs à sable préférés), et dans des émissions radio ou TV. L’avènement d’Internet leur a fourni un nouveau média pour agrandir leur terrain de jeu, et c’est désormais aussi à travers leurs blogs que les grands enfants du PS se crêpent le chignon.

Le cancre Mélenchon, blogueur depuis 2004, vieil habitué des polémiques, et passablement revigoré par la couverture médiatique dont il a fait l’objet ces derniers temps à cause de ses positions sur la Chine, se trouve une fois de plus au centre de l’une de ces querelles improbables dont les socialistes ont le secret. Cette fois, il s’agit d’un discours sur les langues régionales tenu au Sénat le 13 mai dernier (le texte est disponible sur le site du Sénat). Comme souvent, Mélenchon ne mâche pas ses mots et n’a pas peur de muscler son discours avec des comparaisons venues de très loin, rappelant par exemple que le dictionnaire du breton unifié de 1942 a été écrit par un collaborateur des nazis.

Ce discours n’a pas plu à tous ses collègues, surtout Bretons. Ni une ni deux, le député (PS) du Finistère Jean-Jacques Urvoas saisit son ordinateur et embroche virtuellement son collègue sur son blog dans un billet intitulé Butor, billet repris en intégralité par le journal Le Télégramme de Brest :

Voilà un élu qui n’honore pas sa fonction. [...]

Dans cette subtilité qui n’appartient qu’à lui, et qu’heureusement personne ne songe à lui disputer, il vient d’émettre un jugement à l’emporte-pièce dont il est certes coutumier, mais qui ne le rend pas pour autant recevable. [...]

Que répondre à ce tissu d’insanités sinon que ce petit monsieur, à dessein ou non, confond langues et dialectes, que le breton unifié n’a pas plus de raison d’être marqué au fer rouge de la collaboration que la fête des mères [...]

Jean-Luc Mélenchon, bien loin de mettre de l’eau dans son vin suite à ses propos, lui répond quelques jours plus tard via son blog :

Le montage de mes propos (avec guillemets mensongers à l’appui) est d’une telle malveillance et si manipulatoire qu’il me paraît extrêmement révélateur d’un état d’esprit. [...]

Ces propos et les mots utilisés pour me désigner ont une tonalité nauséabonde. [...] Je trouve également très significatif le contenu et le ton sur lequel sont faits les commentaires des violents qui approuvent ses propos alors même qu’ils ont eu le moyen de vérifier eux-mêmes l’inanité du montage d’Urvoas en allant vérifier mes propos sur le site du Sénat. Je recommande la découverte de ce visage du folklore local de la haine ethniciste.

Au-delà de ces disputes politiciennes éternelles, et sans juger le fond de la polémique, il est intéressant de voir que les blogs d’élus sont aujourd’hui un outil de communication à part entière, et que la presse n’hésite plus à reproduire des notes publiées sur ces supports.

Illustration de Caricatures-sarkozy.com

La jeune cubaine Yoani Sanchez, qui tient à travers son blog Generation Y une chronique élégante et piquante de la difficile vie quotidienne sous le régime castriste, a reçu le mois dernier le prestigieux prix espagnol de journalisme Ortega y Gasset. Le quotidien El Pais lui a décerné cette distinction en raison de l’”ingéniosité” dont elle fait preuve en surmontant les entraves à la liberté d’expression à Cuba, de son style “vivace” et de sa volonté de rejoindre “l’espace mondial du journalisme citoyen”.

Generation Y - ainsi nommé en référence au goût des Cubains pour les prénoms en Y - est le blog cubain le plus populaire, avec plus d’un million de visites mensuelles, principalement depuis l’étranger. Son poids politique est tel que Yoani Sanchez a été classée par le Times parmi les 100 personnalités les plus influentes en 2008. Un bel exemple pour la blogosphère !

Agée de 32 ans, philologue de formation, Yoani avoue avoir créé son blog pour “exprimer ses frustrations” - et faire connaître des aspects de la vie à Cuba qui ne sont jamais abordés dans la presse officielle, entièrement aux mains de l’Etat. Selon elle, recevoir ce prix “montre que les blogs cubains peuvent constituer une source parallèle d’informations, de réflexions et d’opinions indépendants des médias officiels de Cuba”. La liberté d’expression sous le régime communiste est en effet toujours aussi limitée, et tenir un blog politique est pour le moins sportif. Pour mettre en ligne des articles, la jeune femme doit se déguiser en touriste et se glisser dans des hôtels de La Havane permettant aux étrangers de surfer sur Internet. Car à Cuba, seuls les étrangers et quelques privilégiés (fonctionnaires et universitaires) ont accès au web. Et c’est seulement le mois dernier que le président Raul Castro a autorisé les Cubains à posséder un ordinateur et du matériel électronique, même si cette mesure ne fait que légaliser une situation déjà répandue grâce au marché noir.

Yoani Sanchez devait se rendre à Madrid ces prochains jours pour recevoir le prix Ortega y Gasset, mais elle a appris aujourd’hui que les autorités ne lui délivreraient pas d’autorisation de sortie du territoire. Elle a donc annulé son voyage. Selon la blogueuse, ce refus “va donner lieu à la chronique la plus pertinente sur la réalité cubaine que j’aurai écrite en 13 mois : que je ne puisse pas assister à la remise du prix, cela parle tout seul”.

Le buzz de la semaine, ce n’est pas chez Barack Obama, mais chez les jeunes UMP que ça se passe. De nombreux blogueurs politiques ont en effet reçu un e-mail faisant la promotion d’un débat avec André Glucksmann le 7 mai, et par la même occasion du site 40ansplustard.fr. Ce sont les jeunes militants de l’UMP Grandes Ecoles - et non pas de la Sorbonne - sous la houlette de Frédéric Lefebvre qui remettent Mai 68 au goût du jour, mais cette fois du côté de la majorité. Selon eux, la jeunesse qui bouge a changé de camp : elle porte désormais la mèche, un polo Ralph Lauren et des chaussures de bateau (vous savez, avec les lacets en tire-bouchon).

L’initiative est si gauche (je n’ai pas pu résister) dans sa réalisation qu’on n’y croit pas un instant. Les 4 jeunes populaires qui nous expliquent sur la page d’accueil pourquoi ils se sentent les héritiers du mouvement de nos parents ne sont pas crédibles une seconde. Alors forcément, la blogosphère - surtout de gauche - ne les a pas loupés. D’autant que l’e-mail envoyé aux blogueurs “influents” affichait l’ensemble des destinataires, ce qui n’est pas très adroit. Depuis quelques jours, cette opération suscite ricanements et grincements de dents un peu partout : Birenbaum essaie d’être drôle, Maxime Pisano essaie de l’imiter, Finis Africae dit des gros mots, Embruns en dit encore plus, Luc Mandret parle de lui comme toujours, Vinz grommelle gentiment, Versac s’énerve méchamment, Marianne relève le niveau, et tout le réseau web officiel de l’UMP diffuse l’info. Seuls Authueil et l’Assistant parlementaire semblent avoir compris qu’en la matière, peu importe qu’on se moque ou non, l’essentiel est qu’on parle de vous.

Et incontestablement, les “jeunes pop” ont réussi un joli coup de bluff, on ne parle que d’eux ces jours-ci sur le web politique. Leur groupe Facebook compte plus de 500 membres. La question qui demeure est de savoir s’ils ont fait exprès ou non de susciter ces railleries pour créer le buzz. Ce serait sans doute les surestimer que de penser qu’ils ont été assez subtils pour créer sciemment une opération second degré. Mais il faut leur reconnaître le mérite de n’avoir pas hésité à communiquer complètement à contre-courant de leurs idéaux politiques historiques, pour occuper le terrain. Comme quoi, quand on ose…

Ca tangue un peu, ces jours-ci, dans le web journalistico-blogo-politique hexagonal.

LePost (petit frère de Lemonde.fr) fait l’objet d’une charge virulente de la part du blog Le Petit Champignacien Illustré dans un billet intitulé LePost, ou l’extrême droite décomplexée. Le site est notamment accusé de faire de la “politique politicienne par petites phrases sans grandes analyses” et même carrément de la “politique de caniveau”. Spéciale dédicace à Guy Birenbaum, posteur vedette du Post, qui est également chroniqueur politique émérite sur la radio Rires & Chansons. Le site d’Arrêt sur Images a largement amplifié l’écho de cette polémique en citant le billet champignacien.

Le “mauvais esprit” du site satirique Backchich.info, qui fait parler de lui de temps en temps avec des coups comme la vidéo off de Rachida Dati, est confronté aux tristes réalités pécuniaires de notre monde. A court de trésorerie, la rédaction n’a pu verser les salaires d’avril à ses pigistes, et lance donc une opération de collecte auprès des internautes pour essayer de “poursuivre [cette] folle aventure jusqu’en octobre prochain”.

Enfin, le néologisme de la semaine, c’est la “réacosphère” : comprenez la blogosphère aux valeurs réactionnaires, souvent d’extrême droite. Libération y consacre un article à l’occasion d’un cyber-mouvement de protestation contre une publicité Matelsom. Pour son papier, le journaliste avait interviewé par e-mail Le Grand Charles, l’une des figures de cette réacosphère, mais il n’a apparemment pas repris (ou compris ?) le sens de ses propos, car Le Grand Charles ne s’y est pas du tout retrouvé. Il a donc publié l’intégralité de l’interview pour nous rendre témoins de la distorsion.

On a beaucoup entendu parler, ces dernières semaines, de Jean-Luc Mélenchon à propos de sa position sur le dossier sino-tibétain, qui se situe sinon à rebours, du moins en fort décalage par rapport à l’opinion française dominante telle qu’elle est relayée par la majorité des médias et des politiques. Le sénateur PS a eu l’occasion de s’exprimer dans des émissions de radio et de télévision, ainsi que par le biais d’un long billet sur son blog, lequel blog figure parmi les plus fréquentés de la sphère politique française. J’ai souligné lors de deux précédents billets que Jean-Luc Mélenchon était assez au fait d’Internet, non seulement par son utilisation, mais aussi par sa compréhension du rôle de ce nouveau média.

Il a publié hier un nouveau billet pour raconter l’écho considérable qu’a eu son premier article sur la Chine, qui aurait suscité près de 2500 commentaires et 1500 réactions par mail. Probablement une record pour un blog d’homme politique français. La médiatisation de ses propos dans les médias de masse a certainement contribué pour grande partie à cette audience, mais la blogosphère a aussi abondamment cité son article. Jean-Luc Mélenchon est renforcé dans sa conviction que le blog est un outil d’expression “hors du commun”:

Je milite depuis assez longtemps, j’ai utilisé tant de vecteurs d’expression, que je peux mesurer l’apport de ce nouvel outil. Quelle merveille ! Il produit une capacité de propagation, et de mise en lien des protagonistes d’une discussion, sans précédent et sans équivalent. [...]
Un grand nombre de commentaires exposent une analyse. C’est cela le plus précieux. Bon nombre d’entre elles m’ont permis de corriger ou d’adapter mes arguments à l’occasion des passages audiovisuels.

Un article de Libération fait un tour d’horizon de l’utilisation des SMS et du web par les lycéens actuellement en grève contre la réforme de l’Education Nationale. Ce sont deux armes d’usage différent : les textos servent à prévenir les camarades d’une action imminente, comme une manifestation place de la Bastille, tandis que les blogs servent à mieux mobiliser, à afficher les revendications et à raconter les événements en contournant les médias traditionnels. De nombreux lycées ont maintenant leur propre blog de grève, comme Fustel de Coulanges dans l’Essonne, Sonia Delaunay dans les Yvelines ou Gustave Eiffel en Seine St-Denis.

Adrien, créateur du blog de Fustel, utilise pleinement les possibilités offertes par le web pour organiser le mouvement : “Je me demande vraiment comment ils faisaient il y a 15 ou 20 ans. C’est un gros plus pour l’organisation. Ça nous offre une super visibilité auprès des profs, mais aussi des autres syndicats. Grâce à ça, j’ai même eu des contacts avec le Parti Socialiste.”
Mais ça ne marche pas à tous les coups, comme le prouve ce commentaire d’un apprenti syndicaliste malheureux au lycée de Goussainville : “Bonjour, ça fait plusieurs semaines que j’essaie de mobiliser mon lycée mais ça ne prend pas, j’aurais besoin de conseils svp”.

Libération rapporte un conseil municipal mouvementé à Palavas-les-Flots. A la fin de la séance du 16 avril dernier, le maire Christian Jeanjean donne la parole à l’assemblée. Luc Albernhe, blogueur local et colistier socialiste non élu, la prend pour dire que “la majorité municipale et son maire se ridiculisent à railler systématiquement les propos de l’opposition”.

Irrité par cette réflexion, le maire clôt la séance, tandis que son premier adjoint se précipite vers le fâcheux pour tenter de lui donner des coups de pieds aux cris de “Tu me fais chier avec ton blog, il n’y a que des conneries”. D’autres hommes tirent Luc Alberhne dehors, qui récolte au passage un coup de poing au visage.

Un autre blogueur présent lors de l’altercation raconte que le même adjoint avait tenté de lui donner un coup d’épaule lors d’un précédent conseil municipal. Pas toujours facile d’être blogueur et poil à gratter, et ce n’est pas Christophe Grébert qui vous dira le contraire.

Le premier secrétaire du PS se jette à l’eau et crée à son tour un blog, avec quelques années de retard sur d’autres hommes politiques tels qu’Alain Juppé ou Jean-Luc Mélenchon. On ignore si son ex-compagne Ségolène Royal lui a donné un coup de pouce, elle qui n’en est pas à son coup d’essai avec ses différents sites participatifs, Désirsdavenirs.org pour la présidentielle 2007, et plus récemment Congresutileetserein.com. Espérons que ce blog ne sera pas qu’un simple alibi de communication, et que de vrais articles seront postés à un rythme régulier.

La semaine dernière, le sénateur PS Jean-Luc Mélenchon était l’invité de “Parlons Net“, émission hebdomadaire réunissant plusieurs titres de la presse Internet dont France Info, Lefigaro.fr, Rue89 et Marianne2.fr. Diffusée en direct sur France Info, l’interview était également filmée. Dans la dernière partie de l’entretien, Jean-Luc Mélenchon était interrogé sur son usage du web en politique. Une vision assez intéressante de la part de cet homme politique old school, dont la réputation de franc-parler n’est pas usurpée.

Le sénateur entretient un blog assez consulté (30 000 visiteurs par mois) et possède un profil Facebook avec plus de 300 amis. Il a pris goût à l’écriture en ligne, même s’il avait au départ une certaine réticence à se mettre en avant personnellement plutôt que ses idées. Aujourd’hui, cet espace lui permet d’augmenter sa surface d’expression en contournant les médias traditionnels, bien qu’il se fasse “beaucoup engueuler” par les internautes. Sur Facebook, il fait partie de groupes aussi éclectiques que “Contre le rapprochement de la gauche et du MoDem”, “Pour que le coyote attrape enfin cet enfoiré de bip-bip” et “Les révolutionnaires français avaient la classe”.

Concernant le militantisme online, il affiche ses réserves. L’engagement politique sur le web par un simple clic lui semble constituer une dérive : “ils appuient sur des boutons et ils croient qu’ils font quelque chose”.

A l’égard des “journalistes citoyens” auto-proclamés de la blogosphère, il est également assez méfiant. Pour Jean-Luc Mélenchon, “ce n’est pas vrai que tout le monde peut être journaliste”, c’est un métier à part entière. De plus, la diffusion instantanée de rumeurs et de petites vidéos telles que celle du “Casse-toi pauvre con“, ou du off de Rachida Dati lui semble dangereuse, obligeant les politiques à surveiller en permanence chacun de leurs propos, qui deviendraient ainsi des politiciens “lisses” et “lyophilisés”.

Le MoDem est au creux de la vague. Après des élections municipales catastrophiques, une défection des militants et des cadres qui n’en finit plus (la dernière en date, celle du sénateur Jean Arthuis, est un nouveau coup dur) et une voix devenue inaudible dans le paysage politique français, François Bayrou semble avoir devant lui une longue traversée du désert avant d’espérer pouvoir (re)construire son jeune parti et renouer avec le succès qu’il avait presque caressé lors des présidentielles 2007. Le MoDem est un parti qui se veut moderne, rejetant avec force la politique à l’ancienne et le vieux clivage droite-gauche.

Dans la communication d’un parti moderne, Internet doit occuper une position privilégiée. Les Américains montrent l’exemple, et dans cinq ans on s’inspirera de la campagne d’Obama. C’est pour cela que François Bayrou vient de nommer Christophe Ginisty, vieux briscard de la communication online et nouveau conseiller municipal à Issy-les-Moulineaux, à la tête d’un groupe de travail chargé de “piloter la stratégie Internet du Mouvement Démocrate en collaboration avec les équipes existantes“.

Incorrigible serial-entrepreneur, blogueur depuis presque quatre ans, Ginisty aligne un CV assez dense. Jugez plutôt : dès 1988 il fonde l’agence de RP Rumeur Publique, qui deviendra avec le temps spécialisée dans les technologies de l’information; en 1999 il crée Memo Technique, une agence de rédaction également spécialisée dans l’IT; puis il enchaîne sur Pianeta Comunicazione, agence de Relations Publiques (décidément !) en Italie. C’est à partir de 2005 qu’il se fait une notoriété avec Pointblog : s’associant avec rejoignant Cyril Fiévet, il lance le premier e-magazine dédié à la blogosphère, ainsi qu’une version papier, Netizen. Mais l’aventure prendra prématurément fin un an et demi plus tard, suite à une lamentable affaire résumée ici et , laissant Gilles Klein continuer seul (cf son commentaire plus bas).

Depuis novembre 2004, Christophe Ginisty blogue quotidiennement sur ses sujets de prédilection : le numérique, le business, la politique. Quelques jours après son premier billet, il s’exerçait déjà au rôle de conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, lui prédisant une défaite certaine en 2007 :

Et ce n’est pas le simulacre “d’adieux à la scène” organisé par TF1 pour Sarko le 24 novembre prochain qui va changer la donne.. Je vous parie tout ce que vous voulez que cette émission sonnera le début d’une longue traversée du désert…
Sarkozy sera peut-être Président de la République… mais pas en 2007. Pour cela, il a besoin de meilleurs conseils en communication.

Avec son expérience, il figure aujourd’hui parmi les blogueurs les plus influents de la sphère politique, classé dans le Top 10 de Wikio. Si Loïc Le Meur est le pape de la blogosphère française, Christophe Ginisty est l’un de ses cardinaux. Enfin n’allez pas lui répéter, car les deux hommes ne semblent guère s’apprécier. Dès 2005, ils s’échangeaient des amabilités par électrons interposés, leurs lecteurs en guise de témoins. Suite à un portrait peu flatteur dans lequel le taquin prophétisait la mort médiatique imminente de Mr Blog (manifestement une vieille habitude), ledit pape rit jaune de cette “consultation en communication gratuite très instructive et rajeunissante“, quoique non sollicitée, ce qui lui valut une deuxième consultation pour le même prix. On sait s’amuser, dans la blogosphère.

Pourtant, Christophe Ginisty sait aussi être sérieux quand il le faut, et son intérêt pour la chose politique l’a poussé progressivement à exprimer ses positions, résolument centristes. Déformation professionnelle oblige, il se focalise souvent sur la politique et le monde numérique, ce dont je ne peux le blâmer. Ainsi, dans une interview de mars 2006 :

T: Les blogs et la politique…On voit fleurir ici et là des initiatives (très intéressantes) concernant cette problématique. Pour vous les blogs auront-ils un impact en 2007? Quel parti optimise cet outil à l’heure actuelle?

CG : Je fais un pari. Celui qui consiste à affirmer que, comme ce fut le cas précédemment avec la radio et plus tard pour la télévision, Internet est un grand média qui va faire émerger une nouvelle “race” d’homme politique. La radio fut le média de gens comme De Gaulle, Mendes France, Truman aux USA. La télé permis de redistribuer les rôles en faisant émerger des Mittérand ou encore des Kennedy. Je suis intimement persuadé que nous n’avons pas encore idée des leaders qui vont émerger de l’Internet. Je pense également que les blogs politiques vont [enfin] permettre de briser le traditionnel clivage droite/gauche de notre pays et faire voler en éclat cette bipolarité excessive et artificielle qui n’est le fait que de nos élites.

On perçoit déjà son attirance pour le MoDem. Forcément, un passionné d’Internet comme lui. En novembre 2007, son engagement se concrétise lorsqu’il est intronisé par François Bayrou pour conduire une liste aux municipales d’Issy-les-Moulineaux. Liste battue, mais sa première campagne sera riche en émotions et en enseignements, et lui ouvrira tout de même les portes du conseil municipal. Un bel exemple de blogueur engagé qui transforme l’essai dans la “vraie” vie politique, à l’instar d’un autre Christophe, Grébert celui-là.
Et voilà aujourd’hui son implication ouvertement reconnue et récompensée par Bayrou, qui fait confiance à son expérience pour conduire un groupe de travail sur la stratégie Internet du parti. Pour l’instant, on n’en sait pas plus, mais Christophe Ginisty ne manquera pas de nous parler plus en détails de ce dossier.

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