nov
11
Il ne vous aura pas échappé que l’actualité est assez chargée ces derniers temps, entre l’élection d’un nouveau président américain, la crise économique internationale, et les coups de vents sur le Vendée Globe. Alors les tempêtes dans le verre d’eau du PS français n’ont pas, au sein des rédactions, toute la place qu’elles auraient eu par temps calme.
Pour contourner ces fâcheuses limites des médias traditionnels, les cadres socialistes ambitieux ont saisi l’intérêt d’Internet, et sont donc nombreux à avoir aujourd’hui leur propre blog, sur lequel ils peuvent développer à l’envi leurs idées, leurs tourments et leurs humeurs.
Jean-Luc Mélenchon, dont je commente parfois ici la production littéraire en ligne, a créé l’événement la semaine dernière en faisant son coming-out. Affligé par la probable victoire de Ségolène Royal, qui menace de faire du PS un parti de “centre gauche”, il claque la porte aux cris de “ça suffit comme ça”, - une sorte de Yes We Can en négatif. Sur son blog, il explique les raisons de son départ : or, ses lecteurs réguliers ne sont absolument pas surpris de sa décision, mais plutôt du temps qu’il a mis à la prendre. Plus de 1000 commentaires accueillent son schisme de façon globalement très positive :
ENFIN!!!!!!!
J’attendais celà depuis un moment!Bravo!! Depuis 2005, j’attendais avec impatience cette décision courageuse.
Tu as été un peu long à la détente, mais tu as enfin compris.
Bienvenue à gauche!Il était grand temps. Nous allons enfin pouvoir voter à gauche!
Et effectivement, pour qui le lisait, il était clair depuis longtemps que la ligne politique du blog de Mélenchon était aussi éloignée du PS que celle de Poujade l’aurait été de l’UMP. Mais ses camarades socialistes lisaient-ils ses billets ?
En tous cas, contraint maintenant à se faire entendre pour exister et créer un nouveau mouvement de gauche, Jean-Luc Mélenchon semble décidé à tirer parti des possibilités d’Internet. La campagne d’Obama lui sera certainement une source d’inspiration. D’ailleurs, dès le lendemain de son départ, il lance CaSuffitCommeCa.fr, site web provisoire qui vivra le temps de trouver un nom à son nouveau parti. Mais le journal Marianne a remarqué avec étonnement que le nom de domaine avait été enregistré une semaine avant l’annonce de son départ du PS. Le coup de gueule aurait-il été préparé ? On ne le saura pas, car cette question a mis le sénateur dans une “colère stalinienne”, excédé “d’être appelé par des journalistes pour des histoires de site Internet”.
Trois jours plus tard, tandis que Mélenchon laissait entendre qu’une alliance avec le PC ou le NPA ne lui déplairait pas, Olivier Besancenot lui oppose une fin de non-recevoir : morcellement de la gauche que semble désapprouver la communiste Clémentine Autain sur son blog, en accord avec ses commentateurs.
sept
4
L’Université d’été de La Rochelle a été unanimement qualifiée de lamentable ratage, renvoyant plus que jamais du PS une image de désordre total et d’interminables luttes d’égos.
Pourtant, aussitôt rentrés à Paris, les éléphants, ténors et barons socialistes n’ont rien eu de plus pressé que de jouer les prolongations, estimant que quatre jours de combat de boue étaient un peu courts pour donner la pleine mesure de leur fiel. Et c’est notamment à travers leurs blogs qu’ils ont continué à laver leur linge sale sur la place publique, prenant à témoin leurs internautes.
Jean-Luc Mélenchon, toujours en verve quand il faut gueuler, titre “Un cirque inacceptable“1 et prend sa plume la plus talentueuse pour se livrer à son exercice favori, balancer sur la tête du PS :
L’indigne merdier de La Rochelle m’a galvanisé. Ni de près ni de loin, je ne veux rien avoir à faire avec cette sarabande de girouettes. Quand je pense que tous ces agités sont ceux qui se donnent de grands airs d’importants responsables et me font des leçons de maintien le reste de l’année! Bien fou qui voudrait confier son pays à de tels vibrions.
Pierre Moscovici est content de retrouver l’air parisien. Il avait cru pouvoir séduire Martine à la plage, mais n’a finalement pas réussi à conclure. On sent qu’il a du vague à l’âme :
Après avoir passé 4 jours dans les affaires du PS, et pas dans ce qu’elles ont de plus ragoûtant, après avoir résisté à une offensive peu digne, puis reconstruit une perspective, j’éprouve le besoin de souffler, de réfléchir, de revenir à l’essentiel. C’est pourquoi je n’ai pas voulu rencontrer Martine Aubry hier : il faut bien analyser les conséquences de l’échec de l’Université d’été [...]
Jean-Jacques Urvoas veut aller de l’avant grâce à sa capacité de mémoire sélective, il préfère “oublier La Rochelle” :
Retour de La Rochelle avec une conviction : il est temps que s’expriment les militants ! [...] Pour faire simple, cette université fut un congrès à blanc. C’est-à-dire avec le pire de ce que nous sommes capables de montrer aux médias (confusion quotidienne, manipulations permanentes, intoxications régulières, trahison même…). Mais aussi sans l’essentiel et donc le meilleur: la voix et le choix des adhérents. [...] Tournons vite la page de cette 15ème université.
Benoît Hamon a la flemme d’écrire - c’est la nouvelle génération - mais l’analyse qu’il nous livre en vidéo sur son blog n’est qu’à moitié optimiste :
A l’évidence, si on s’arrête aux images qui ont été renvoyées par les médias, le spectacle est assez navrant et consternant.
En revanche, Jean-Christophe Cambadélis, que d’aucuns accusent de ne pas détester les coups bas des querelles intestines, concède certes une Université un peu brouillonne, mais reste “calme et serein” pour “travailler à l’unité” :
Mes amis, de grâce, n’ajoutons pas à l’image déplorable de La Rochelle, à cet entrechoc de personnalités et d’ego, le spectacle désolant de notre implosion. Que s’est il passé ? [...]
Bon, parlons-nous ! Rien d’irréparable n’a été commis. Franchement !
Quant aux vrais grands ténors, François Hollande, Bertrand Delanoë et Ségolène Royal, il ont préféré rester au-dessus de la mêlée et ne pas livrer à la sagacité des internautes leur débriefing de ce week-end rochelais, à une encablure de l’Île de Ré.
- le titre original est tout en majuscules, mais on ne crie pas sur mon blog [↑]
août
27
Jean-Luc Mélenchon est revenu de vacances. Et son blog lui a terriblement manqué, si on en juge par son billet de rentrée long comme un discours de Georges Marchais. Qu’il est bon de retrouver son clavier !
Frustré d’expression bloguistique pendant tout l’été, Jean-Luc Mélenchon peut enfin se soulager en nous livrant son point de vue sur tout ce qui lui est passé par la tête ces dernières semaines. Façon Fidel Castro.
Mélenchon fustige. Fustiger, c’est sa vie. Le “semi-racisme” des médias français qui persiflent avec arrogance le régime chinois, mais qui passent sous silence la “provocation” de ce cul-bénit de Dalaï-Lama ; le manichéisme des mêmes médias qui angélisent la Géorgie et foulent du pied le drapeau russe, sans le moindre respect pour la glorieuse histoire passée de ce grand pays ; la honteuse commémoration de ce “bigot hirsute” (sic) de Soljenitsyne, propagandiste et affabulateur à la solde des impérialistes américains…
Les Français sont manipulés par les médias. Heureusement qu’il y a les blogs. Mais Mélenchon est nostalgique. Qu’il semble loin, le temps de la toute-puissante Union Soviétique…
Nous avons de la chance, il reste encore sur Internet quelques sages dinosaures pour nous mettre en garde contre les dangereuses dérives du monde libre.
Toi Vladimir Illitch / Si tu es le prophète / Viens nous parler encore en plein coeur de Moscou…
mai
28
L’un des sports préférés des élus du Parti Socialiste, surtout lorsqu’ils se trouvent être dans l’opposition comme en ces années de sarkozysme, c’est de se chercher noise entre eux. On s’invective, on se scandalise, on vocifère et on s’indigne, tout cela dans une joyeuse ambiance de cour d’école, mais sous les ors de l’Assemblée ou du Sénat, et payé par nos impôts. Avant l’ère numérique, les socialistes aimaient régler leurs comptes par journaux interposés (Le Monde et le Nouvel Obs étant leurs bacs à sable préférés), et dans des émissions radio ou TV. L’avènement d’Internet leur a fourni un nouveau média pour agrandir leur terrain de jeu, et c’est désormais aussi à travers leurs blogs que les grands enfants du PS se crêpent le chignon.
Le cancre Mélenchon, blogueur depuis 2004, vieil habitué des polémiques, et passablement revigoré par la couverture médiatique dont il a fait l’objet ces derniers temps à cause de ses positions sur la Chine, se trouve une fois de plus au centre de l’une de ces querelles improbables dont les socialistes ont le secret. Cette fois, il s’agit d’un discours sur les langues régionales tenu au Sénat le 13 mai dernier (le texte est disponible sur le site du Sénat). Comme souvent, Mélenchon ne mâche pas ses mots et n’a pas peur de muscler son discours avec des comparaisons venues de très loin, rappelant par exemple que le dictionnaire du breton unifié de 1942 a été écrit par un collaborateur des nazis.
Ce discours n’a pas plu à tous ses collègues, surtout Bretons. Ni une ni deux, le député (PS) du Finistère Jean-Jacques Urvoas saisit son ordinateur et embroche virtuellement son collègue sur son blog dans un billet intitulé Butor, billet repris en intégralité par le journal Le Télégramme de Brest :
Voilà un élu qui n’honore pas sa fonction. [...]
Dans cette subtilité qui n’appartient qu’à lui, et qu’heureusement personne ne songe à lui disputer, il vient d’émettre un jugement à l’emporte-pièce dont il est certes coutumier, mais qui ne le rend pas pour autant recevable. [...]
Que répondre à ce tissu d’insanités sinon que ce petit monsieur, à dessein ou non, confond langues et dialectes, que le breton unifié n’a pas plus de raison d’être marqué au fer rouge de la collaboration que la fête des mères [...]
Jean-Luc Mélenchon, bien loin de mettre de l’eau dans son vin suite à ses propos, lui répond quelques jours plus tard via son blog :
Le montage de mes propos (avec guillemets mensongers à l’appui) est d’une telle malveillance et si manipulatoire qu’il me paraît extrêmement révélateur d’un état d’esprit. [...]
Ces propos et les mots utilisés pour me désigner ont une tonalité nauséabonde. [...] Je trouve également très significatif le contenu et le ton sur lequel sont faits les commentaires des violents qui approuvent ses propos alors même qu’ils ont eu le moyen de vérifier eux-mêmes l’inanité du montage d’Urvoas en allant vérifier mes propos sur le site du Sénat. Je recommande la découverte de ce visage du folklore local de la haine ethniciste.
Au-delà de ces disputes politiciennes éternelles, et sans juger le fond de la polémique, il est intéressant de voir que les blogs d’élus sont aujourd’hui un outil de communication à part entière, et que la presse n’hésite plus à reproduire des notes publiées sur ces supports.
Illustration de Caricatures-sarkozy.com.
avr
22
On a beaucoup entendu parler, ces dernières semaines, de Jean-Luc Mélenchon à propos de sa position sur le dossier sino-tibétain, qui se situe sinon à rebours, du moins en fort décalage par rapport à l’opinion française dominante telle qu’elle est relayée par la majorité des médias et des politiques. Le sénateur PS a eu l’occasion de s’exprimer dans des émissions de radio et de télévision, ainsi que par le biais d’un long billet sur son blog, lequel blog figure parmi les plus fréquentés de la sphère politique française. J’ai souligné lors de deux précédents billets que Jean-Luc Mélenchon était assez au fait d’Internet, non seulement par son utilisation, mais aussi par sa compréhension du rôle de ce nouveau média.
Il a publié hier un nouveau billet pour raconter l’écho considérable qu’a eu son premier article sur la Chine, qui aurait suscité près de 2500 commentaires et 1500 réactions par mail. Probablement une record pour un blog d’homme politique français. La médiatisation de ses propos dans les médias de masse a certainement contribué pour grande partie à cette audience, mais la blogosphère a aussi abondamment cité son article. Jean-Luc Mélenchon est renforcé dans sa conviction que le blog est un outil d’expression “hors du commun”:
Je milite depuis assez longtemps, j’ai utilisé tant de vecteurs d’expression, que je peux mesurer l’apport de ce nouvel outil. Quelle merveille ! Il produit une capacité de propagation, et de mise en lien des protagonistes d’une discussion, sans précédent et sans équivalent. [...]
Un grand nombre de commentaires exposent une analyse. C’est cela le plus précieux. Bon nombre d’entre elles m’ont permis de corriger ou d’adapter mes arguments à l’occasion des passages audiovisuels.
avr
13
La semaine dernière, le sénateur PS Jean-Luc Mélenchon était l’invité de “Parlons Net“, émission hebdomadaire réunissant plusieurs titres de la presse Internet dont France Info, Lefigaro.fr, Rue89 et Marianne2.fr. Diffusée en direct sur France Info, l’interview était également filmée. Dans la dernière partie de l’entretien, Jean-Luc Mélenchon était interrogé sur son usage du web en politique. Une vision assez intéressante de la part de cet homme politique old school, dont la réputation de franc-parler n’est pas usurpée.
Le sénateur entretient un blog assez consulté (30 000 visiteurs par mois) et possède un profil Facebook avec plus de 300 amis. Il a pris goût à l’écriture en ligne, même s’il avait au départ une certaine réticence à se mettre en avant personnellement plutôt que ses idées. Aujourd’hui, cet espace lui permet d’augmenter sa surface d’expression en contournant les médias traditionnels, bien qu’il se fasse “beaucoup engueuler” par les internautes. Sur Facebook, il fait partie de groupes aussi éclectiques que “Contre le rapprochement de la gauche et du MoDem”, “Pour que le coyote attrape enfin cet enfoiré de bip-bip” et “Les révolutionnaires français avaient la classe”.
Concernant le militantisme online, il affiche ses réserves. L’engagement politique sur le web par un simple clic lui semble constituer une dérive : “ils appuient sur des boutons et ils croient qu’ils font quelque chose”.
A l’égard des “journalistes citoyens” auto-proclamés de la blogosphère, il est également assez méfiant. Pour Jean-Luc Mélenchon, “ce n’est pas vrai que tout le monde peut être journaliste”, c’est un métier à part entière. De plus, la diffusion instantanée de rumeurs et de petites vidéos telles que celle du “Casse-toi pauvre con“, ou du off de Rachida Dati lui semble dangereuse, obligeant les politiques à surveiller en permanence chacun de leurs propos, qui deviendraient ainsi des politiciens “lisses” et “lyophilisés”.