nov
1
La semaine dernière, les géants américains du web Google, Microsoft et Yahoo! se sont engagés sur une profession de foi commune, selon laquelle la liberté des citoyens dans les pays où ils s’implantent serait désormais plus importante que leurs objectifs business. Ces dernières années, les trois leaders avaient en effet été parfois critiqués pour leur comportement un peu trop accommodant avec le pouvoir politique de certains pays où la liberté d’expression et les droits de l’homme n’allaient pas de soi. Notamment en Chine où, pour renforcer leurs positions sur le marché, les sociétés avaient accédé aux demandes du gouvernement de censurer l’accès à certains sites, voire de fournir des informations sur des internautes dissidents.
Devant les critiques qui risquaient d’écorner leur image, les triplés ont donc décidé de se racheter une conduite conjointement, avec le lancement de la charte du Global Network Initiative, qui les engage à ne pas trop céder aux pressions des gouvernements qui pourraient menacer la liberté d’expression des citoyens. Plusieurs associations humanitaires ont élaboré et négocié cette charte pendant près de 2 ans (!), et espèrent maintenant que d’autres entreprises des NTIC suivront l’exemple de leurs grandes soeurs.
Cette initiative a le mérite d’attirer l’attention sur cet aspect obscur du business des géants du web. Mais cela ressemble à s’y méprendre à un voeu pieu, élaboré par le service Communication des trois entreprises. L’association Human Rights USA se plaint déjà de la faiblesse du texte qui, malgré une très longue préparation, ne serait rien de plus qu’une déclaration de principes généraux sans aucun moyen concret de vérification. Etonnant…
août
27
Jean-Luc Mélenchon est revenu de vacances. Et son blog lui a terriblement manqué, si on en juge par son billet de rentrée long comme un discours de Georges Marchais. Qu’il est bon de retrouver son clavier !
Frustré d’expression bloguistique pendant tout l’été, Jean-Luc Mélenchon peut enfin se soulager en nous livrant son point de vue sur tout ce qui lui est passé par la tête ces dernières semaines. Façon Fidel Castro.
Mélenchon fustige. Fustiger, c’est sa vie. Le « semi-racisme » des médias français qui persiflent avec arrogance le régime chinois, mais qui passent sous silence la « provocation » de ce cul-bénit de Dalaï-Lama ; le manichéisme des mêmes médias qui angélisent la Géorgie et foulent du pied le drapeau russe, sans le moindre respect pour la glorieuse histoire passée de ce grand pays ; la honteuse commémoration de ce « bigot hirsute » (sic) de Soljenitsyne, propagandiste et affabulateur à la solde des impérialistes américains…
Les Français sont manipulés par les médias. Heureusement qu’il y a les blogs. Mais Mélenchon est nostalgique. Qu’il semble loin, le temps de la toute-puissante Union Soviétique…
Nous avons de la chance, il reste encore sur Internet quelques sages dinosaures pour nous mettre en garde contre les dangereuses dérives du monde libre.
Toi Vladimir Illitch / Si tu es le prophète / Viens nous parler encore en plein coeur de Moscou…
août
22
Le Koweït finalise un projet de loi visant à encadrer strictement la liberté d’expression sur les blogs. Seront désormais considérés comme un crime « l’incitation à un comportement immoral, l’encouragement de sentiments anti-gouvernementaux, la divulgation de secrets d’État ou l’insulte envers l’Islam sur le Net ». Des amendes et des peines de prison jusqu’à 7 ans seront prévues.
La plupart des blogueurs sont évidemment opposés à cette nouvelle loi, mais elle produit déjà un effet d’auto-censure avant même sa publication. En effet, les blogueurs interrogés par l’APN ont voulu rester anonymes par peur des représailles1. Selon eux, le gouvernement essaie de museler Internet de la même façon que les médias traditionnels, dont la liberté est limitée par des intérêts financiers.
Le législateur explique que cette loi permettra de protéger les coutumes et les futures générations du Koweït, et de lutter contre l’augmentation de la cyber-criminalité. Selon l’interprétation que feront les tribunaux de « l’incitation à un comportement immoral » et « l’encouragement de sentiments anti-gouvernementaux », elle est potentiellement très liberticide.
- ils livrent par ailleurs des conseils techniques pour protéger l’anonymat des auteurs et des commentateurs, que je complète par un lien vers le manuel de RSF [↑]
août
15
Le correspondant-blogueur chinois de Marianne2.fr, dénommé Zola, a été arrêté mercredi en Chine en raison de ses activités politiques sur Internet. Mais grâce à son téléphone portable, il a pu raconter en direct via Twitter ce qui lui arrivait. Heureusement, Zola a été relâché en fin de journée, mais il est maintenant assigné à résidence. L’histoire complète est à lire sur Marianne, ici et ici.
Cette arrestation coïncide avec la sortie de statistiques sur le nombre d’arrestations de blogueurs dans le monde entre 2004 et 2007, passé de 2 à 35. Des chiffres à prendre avec des pincettes néanmoins, car ils ne tiennent pas compte de l’augmentation fulgurante du nombre de personnes considérées comme « blogueurs ». De plus, les motifs n’ont parfois rien de politique (pédophilie par exemple) et certains n’ont pas été arrêtés mais seulement fait l’objet d’un procès (c’est le cas de Christophe Grébert).
août
9
Malgré un assouplissement de la censure exercée habituellement par la Chine sur Internet, les journalistes présents à Pékin pendant les Jeux Olympiques ne pourront pas accéder librement à l’ensemble du web. En effet, les sites de partis dissidents, de certaines organisations internationales et de certains journaux étrangers restent inaccessibles.
Mais il existe une solution à la McGyver pour contourner ces blocages. Un groupe de hackers allemands, le CCC, distribue aux visiteurs étrangers un « Freedom Stick ». C’est en fait une simple clé USB contenant Tor, un programme qui a déjà fait ses preuves1 et qui permet de surfer anonymement afin de cracker le grand firewall chinois.
Cependant, certaines agences de presse avaient déjà mis en place des solutions pour leurs reporters, en leur permettant de se connecter de façon cryptée à un serveur proxy en dehors de la Chine, qui leur donne ensuite accès à l’Internet non censuré.
- notamment dans des pays tels que Cuba, où la censure sévit aussi sur Internet [↑]
août
7
L’AFP rapporte que le site de Reporters Sans Frontières a été piraté aujourd’hui, à la veille de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin. Etant donné le militantisme médiatique de RSF contre les privations de liberté en Chine, il ne fait guère de doute que ce piratage est politique.
Selon des responsables de l’organisation, la provenance de l’attaque serait Taïwan, mais « de bons hackers peuvent la falsifier ». Suivez mon regard… D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que RSF est victime de cyber-attaques ces derniers mois.
juil
25
Le Nouvel Obs rapporte qu’au Zimbabwe, Internet et les téléphones mobiles sont aujourd’hui le meilleur vecteur d’expression pour les opposants au régime autoritaire de Robert Mugabe. La presse et les médias traditionnels étant muselés, c’est à travers les nouvelle technologies que tente de se faire entendre la voix populaire.
L’ONG Kubatana a pour mission de fournir ces moyens d’expression : elle publie les billets de 13 blogueurs zimbabwéens dissidents, et envoie des SMS à 3800 abonnés. Des indépendants, comme le blog This is Zimbabwe ont aussi une certaine influence. Lorsque ce blog a lancé une campagne contre une entreprise allemande qui produit le papier de la monnaie nationale – une monnaie de singe – l’affaire a été reprise par les médias et la société a cessé de traiter avec le Zimbabwe. Des images volées comme celles d’un cadavre mutilé sont également publiées – toujours anonymement, par peur des représailles.
juin
7
On s’éloigne un peu des sujets habituels de ce blog, mais je voulais vous faire partager ma découverte du jour: des collections d’affiches de propagandes soviétique, chinoise et cubaine, des années 1930 jusqu’à la chute du Mur. Ces innombrables affiches placardées pendant 70 ans dans les pays communistes ont un intérêt artistique et historique certain.
Le blog A Soviet Poster A Day présente plus d’une centaine d’affiches soviétiques, avec des explications bien faites et détaillées. L’International Poster Gallery, l’International Institute of Social History et Soviet Posters ont également une belle collection d’affiches politiques, militaires et éducatives, mais malheureusement sans légende. L’occasion de découvrir à quel point la lutte contre l’alcoolisme est depuis toujours un sujet de préoccupation en Russie.
Le blog de Stefan Landsberger et l’International Institute of Social History disposent par ailleurs de belles collections de posters chinois et cubains.
Quelques trouvailles :
mai
27
Parfaite transition pour mon retour de vacances : le gouvernement thaïlandais menace de fermer 29 sites coupables d’offense au roi Bhumibol Adulyadej. La police a convoqué les responsables de ces sites accusés d’insulte à la monarchie, dont Prachataï, Fah Diew Kan et Hi-thaksin.net.
La Thaïlande n’en n’est pas à sa première censure du web : Youtube avait été bloqué 4 mois l’an dernier, le temps que Google accepte de retirer des vidéos parodiques mettant en scène le roi à côté d’un pied. Pour un Français, ça n’a l’air de rien – notre président de la République est bousculé bien plus durement chaque jour – mais les Thaïlandais ont un grand respect pour leur roi, souvent considéré comme un demi-dieu, et ont un immense dégoût pour les pieds. Selon leur tradition, il s’agit de la partie la plus sale et la moins noble du corps, car elle touche terre. Comparer quelqu’un à un pied est donc une terrible insulte. Et sachant que le crime de lèse-majesté est passible de 15 ans de prison, les webmasters incriminés doivent être dans leurs petits souliers.
Par ailleurs, le Computer Crim Act voté en juillet 2007 a conduit à la mise en place d’un numéro court (le 1111) pour permettre à chaque citoyen de dénoncer un site web jugé trop taquin à l’endroit du souverain. Aujourd’hui en Thaïlande, il est donc simple comme bonjour de faire fermer un site politique un peu trop critique.
mai
7
La jeune cubaine Yoani Sanchez, qui tient à travers son blog Generation Y une chronique élégante et piquante de la difficile vie quotidienne sous le régime castriste, a reçu le mois dernier le prestigieux prix espagnol de journalisme Ortega y Gasset. Le quotidien El Pais lui a décerné cette distinction en raison de l’ »ingéniosité » dont elle fait preuve en surmontant les entraves à la liberté d’expression à Cuba, de son style « vivace » et de sa volonté de rejoindre « l’espace mondial du journalisme citoyen ».
Generation Y – ainsi nommé en référence au goût des Cubains pour les prénoms en Y – est le blog cubain le plus populaire, avec plus d’un million de visites mensuelles, principalement depuis l’étranger. Son poids politique est tel que Yoani Sanchez a été classée par le Times parmi les 100 personnalités les plus influentes en 2008. Un bel exemple pour la blogosphère !
Agée de 32 ans, philologue de formation, Yoani avoue avoir créé son blog pour « exprimer ses frustrations » – et faire connaître des aspects de la vie à Cuba qui ne sont jamais abordés dans la presse officielle, entièrement aux mains de l’Etat. Selon elle, recevoir ce prix « montre que les blogs cubains peuvent constituer une source parallèle d’informations, de réflexions et d’opinions indépendants des médias officiels de Cuba ». La liberté d’expression sous le régime communiste est en effet toujours aussi limitée, et tenir un blog politique est pour le moins sportif. Pour mettre en ligne des articles, la jeune femme doit se déguiser en touriste et se glisser dans des hôtels de La Havane permettant aux étrangers de surfer sur Internet. Car à Cuba, seuls les étrangers et quelques privilégiés (fonctionnaires et universitaires) ont accès au web. Et c’est seulement le mois dernier que le président Raul Castro a autorisé les Cubains à posséder un ordinateur et du matériel électronique, même si cette mesure ne fait que légaliser une situation déjà répandue grâce au marché noir.
Yoani Sanchez devait se rendre à Madrid ces prochains jours pour recevoir le prix Ortega y Gasset, mais elle a appris aujourd’hui que les autorités ne lui délivreraient pas d’autorisation de sortie du territoire. Elle a donc annulé son voyage. Selon la blogueuse, ce refus « va donner lieu à la chronique la plus pertinente sur la réalité cubaine que j’aurai écrite en 13 mois : que je ne puisse pas assister à la remise du prix, cela parle tout seul ».
avr
20
Je vous avais parlé en mars de la pétition internationale en ligne pour soutenir le Tibet, qui avait atteint 1 million de signatures en 7 jours, un record. La pétition a été envoyée sous forme imprimée aux dirigeants chinois, et le site Avaaz.org assure que les nouvelles signatures – il y en actuellement 1,6 million – seront elles aussi envoyées au fur et à mesure. Selon The Asian Pacific Post, ce sont les Français qui ont le plus participé, avec 376 000 autographes, ce qui représente 6 signataires pour 10 000 Français et plus de 1% des internautes hexagonaux.
Cette action est un exemple typique de la rapidité fulgurante avec laquelle les citoyens du monde entier peuvent aujourd’hui se mobiliser et s’organiser pour une cause grâce à Internet. Même si, rappelons-le, cette mobilisation n’a pour l’instant produit aucun effet visible sur le gouvernement chinois.
Le paradoxe d’une telle cyber-mobilisation est que les Tibétains ont très peu accès à Internet, le Tibet étant la province chinoise la moins équipée. Pourtant, les rares habitants connectés affirment que, grâce au réseau mondial, pour la première fois le Tibet n’est plus isolé du reste du monde dans sa lutte. Selon eux, le nombre exceptionnel de signatures recueilli impressionne les dirigeants locaux et redonne de l’espoir au peuple. C’est au moins ça, mais il faudra encore attendre pour voir si cette action online peut concrètement faire infléchir la politique chinoise.
avr
9
Depuis le 1er avril, la Chine permet à nouveau l’accès aux versions anglaises des sites Wikipedia, Blogspot et Youtube, qui étaient inaccessibles depuis respectivement novembre 2006, janvier 2008 et mars 2008. Le récent blocage de Youtube était une tentative d’empêcher la diffusion en Chine des vidéos des émeutes au Tibet mises en ligne par des particuliers sur Internet. RSF espère qu’il ne s’agit pas d’un geste temporaire pour amadouer les pays occidentaux durant les Jeux Olympiques, et rappelle que des milliers de sites sont toujours bloqués par les autorités.
L’accès à Youtube est par contre devenu impossible en Indonésie depuis le 2 avril chez trois fournisseurs d’accès, toujours selon RSF. Le gouvernement a en effet demandé aux 146 opérateurs télécom locaux de procéder au blocage de plusieurs sites susceptibles de diffuser le film anti-islam « Fitna » : Youtube, MySpace, Metacafe, Rapidshare, Liveleak et Themoviefitna.com. Pour l’instant, seules 3 sociétés, dont le principal fournisseur d’accès du pays, PT. Excelcomindo, se sont pliées à cette demande de censure.
avr
8
Le périple chaotique de la flamme olympique hier à Paris, bousculée à chaque mètre par des manifestants pro-Tibet ou anti-Chine et qui s’est transformé à plusieurs reprises en sérieuse empoignade, a fait l’objet d’un abondant traitement sur le web.
Dans les journaux français en ligne, plusieurs rédactions ont prévu un dispositif en direct pour suivre le parcours du combattant de la flamme et de ses porteurs. La palme revient à 20minutes.fr, qui s’est montré à la hauteur de son nom en proposant un suivi presque minute par minute, grâce à ses journalistes sur place et aux internautes. De 9h43 à 22h08, la page consacrée s’est allongée en direct au fil des événements, ainsi que le diaporama et la vidéothèque, ouverts aux contributions d’internautes. A la fin de la journée, la page ressemblait beaucoup plus à un historique Twitter qu’à un article de journal. Sorties de leur contexte, certaines phrases surréalistes prêteraient presque à rire (cf extraits plus bas).
Selon 20minutes, la forte couverture online de l’événement a causé une inflation du mot-clé payant « flamme olympique » sur Google, passant de 0,08 € le matin à plus de 8 € en fin de journée !
A noter que Reporters Sans Frontières s’est félicité à travers un communiqué publié sur son site du succès de son action, « malgré un déploiement policier massif« .
Pourtant, les médias chinois n’ont pas diffusé le même récit, comme l’écrit Lefigaro.fr qui a recensé des réactions sur le web. La télévision CCTV décrit sur son site « le soutien chaleureux du public français », l’agence Chine Nouvelle note que « certaines personnes avaient tenté en vain de perturber le parcours de la flamme à Paris », et ses photographes ont réussi l’exploit de saisir les rares instants vierges de drapeau contestataire lors du parcours.
Quant au site officiel des J.O., il manie lui aussi l’euphémisme sans complexe, résumant la situation ainsi : « Bravant les manifestations de quelques séparatistes tibétains, le relais olympique a pu être réalisé comme prévu. »
avr
7
Une journée nationale de grève et de contestation contre le prix excessif de la vie a été étouffée hier par les forces de l’ordre égyptiennes. Environ 500 personnes auraient été arrêtées dans tout le pays, notamment à Mahallah, au Caire et à Alexandrie. Le foyer de la contestation devait être l’usine textile Misr à Mahallah, qui emploie 24 000 personnes, mais des divisions internes et la pression des autorités ont fait capoter l’action.
Depuis une semaine, les appels à la grève circulaient par SMS et sur Internet, en particulier sur Facebook. 3 blogueurs ont été arrêtés, dont la créatrice du groupe Facebook « Grève du 6 avril« , ainsi que 12 activistes membres de Facebook, selon ISM. Par ailleurs, l’évolution du mouvement hier pouvait être suivie en direct via Twitter et Facebook, comme le raconte le site Betapolitique.
Des scènes d’émeutes ont été filmées par FuTChY4u, qui a mis en ligne sa vidéo sur Youtube.
mar
29
Ce serait une erreur de croire que le gouvernement chinois verrouille l’accès au web à ses 210 millions d’internautes : certes, il censure durement ce qui va à l’encontre de ses intérêts, mais il sait aussi utiliser le réseau mondial pour diffuser sa propagande. Or, l’Empire du Milieu n’apprécie guère l’attitude actuelle de la France, qui condamne les violences au Tibet, soutient le Dalaï-Lama et envisage un boycott de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.
En réaction, le 2ème portail chinois, Sohu.com, vient d’ouvrir une chaîne anti-française, appelant au boycott des produits et services hexagonaux. Les internautes sont invités à exprimer leurs sentiments envers la France, et 60 000 commentaires (pour la plupart très négatifs) ont déjà été écrits.





