« Une nouvelle fois la démocratie directe fait la preuve de son extrême dangerosité »

[…] une nouvelle fois la démocratie directe fait la preuve de son extrême dangerosité.

C’est la phrase du jour, tirée du très intéressant blog de Jean Quatremer, journaliste à Libération sur les questions européennes. Cette réflexion lui est inspirée par le résultat de la dernière votation suisse au sujet de l’interdiction des minarets dans le pays. La votation est un mode de consultation directe du peuple, très fréquemment utilisé chez nos voisins helvètes. Contrairement aux prognostics, les Suisses ont voté pour l’interdiction à une assez large majorité.

Dans ce cas précis, Jean Quatremer dénonce la réceptivité des électeurs aux arguments populistes. Mais vu le sujet du blog de l’auteur, « Les coulisses de Bruxelles », on se rappelle qu’effectivement, la démocratie directe n’est pas une méthode de gouvernement utilisée par toutes les instances de pouvoir.

A l’heure où on parle d’Internet comme un (potentiel) formidable outil d’avenir pour une démocratie plus transparente et plus directe, qu’en pensez-vous ?

« Petite leçon de manipulation » en ligne, par Julien Dray

Sur son blog qu’il continue d’alimenter régulièrement, Julien Dray s’est plaint la semaine dernière de la déformation et de la diffusion sur Internet de propos qu’il a récemment tenus dans une émission sur Public Sénat à propos de Charles Pasqua.

Selon lui, le point de départ est une dépêche AFP mal orientée, mais les autres maillons de la chaîne sont sur le web : un article sur le site du nouvelobs.com, puis le blogueur Marc Vasseur.

Son interprétation est intéressante :

Je prends le soin de récapituler cet itinéraire, car il permet de comprendre comment se construisent les fausses rumeurs et les informations déformées, qui occupent une place croissante dans la presse en ligne, et dont j’ai eu à souffrir plus d’une fois dans mon « affaire ».

Au final, nous retrouvons un cas de figure qui devient assez classique : Internet est perçu comme une « machine à fabriquer des polémiques » (l’expression est d’Alain Duhamel).

Pourtant, la plupart des vrais gros buzz prennent leur source dans les médias traditionnels (ou du moins dans la version online de titres de presse traditionnelle) : Leparisien.fr pour « Casse-toi pauv’con », ou Public Sénat et Lemonde.fr pour les propos d’Hortefeux, par exemple. Internet n’est généralement pas à l’origine de ces informations, même si force est de reconnaître qu’il les a considérablement diffusées et amplifiées.

Redessiner la carte électorale américaine sur Internet

Il n’y a pas qu’en France que le redécoupage de la carte électorale fait débat : les Américains vont eux aussi remodeler leurs districts en 2010. Les enjeux sont évidemment importants, car la façon dont ces districts sont redessinés peut faire basculer un Etat d’un côté ou d’un autre de l’échiquier politique.

Pour faire davantage participer les citoyens à ces jeux de pouvoir jusqu’ici réservés aux politiciens, le site RedistrictingTheNation.com fournit une carte interactive des districts américains, et de leur évolution. Avec cet outil très bien réalisé, le site veut mieux informer les électeurs pour leur permettre d’être plus impliqués dans leur redécoupage local, et ainsi de faire pression auprès des élus. Evitant ainsi qu’ils ne dessinent les nouveaux districts selon leur bon vouloir, tel le baron Hausmann taillant le plan de Paris.

Via e.politics

« ClimateGate » : quand le réchauffement climatique devient la pensée unique

Dans une relative indifférence pour le moment, un nouveau « Gate » a éclos cette semaine, qui risque pourtant de faire de gros remous dans le bain scientifico-politico-médiatique, à deux semaines de la conférence de Copenhague. Il se nomme le « ClimateGate » (une page Wikipédia officialise déjà le terme).

En deux mots : vendredi 20 novembre, des hackers ont pris possession et diffusé sur Internet plus de 4500 fichiers de travail et e-mails échangés depuis 10 ans par des scientifiques faisant autorité en matière de réchauffement climatique. Vous pouvez les voir ici. Bien qu’il soit trop tôt pour avoir pu dégager une synthèse de cette masse de documents, les premiers observateurs constatent que la communauté aurait fait collusion pour dénoncer d’une voix unanime l’implication de l’homme dans le réchauffement climatique. Quitte à s’arranger un peu avec la rigueur scientifique, et à orienter certains éléments au profit de la thèse dominante. Ainsi, les conclusions d’études aux résultats indécis auraient été accentuées dans le bon sens, et des éléments pouvant aller à l’encontre de la « pensée unique » auraient été passés sous silence. La parfaite concordance des voix des spécialistes en la matière cacherait donc de petits arrangements internes.

Le débat sur le réchauffement climatique étant en effet devenu un enjeu politique majeur depuis plusieurs années, les subventions de recherche à la clé sont considérables. On comprend donc où est l’intérêt de toute la communauté. On saura prochainement dans quelle mesure ces documents sont vraiment embarrassants ou anecdotiques, mais la communauté scientifique risque de perdre une partie de son capital crédibilité en prenant part aux manoeuvres politiques.

Edit du 23 novembre : des éléments d’analyse supplémentaire dans cet article du Monde

Le site de la Maison Blanche depuis George Washington… ou presque

La Maison Blanche vient de lancer une nouvelle version de son site, et annonce qu’il repose désormais sur le CMS gratuit Drupal, bien connu des internautes un tantinet mordus de technique. Pour les autres, sachez qu’un CMS, acronyme de Content Management System, permet de gérer facilement le contenu d’un site web, et notamment de le faire administrer et mettre à jour par des profanes de la technique. Une fois le site installé, publier de nouveaux articles est aussi simple que d’utiliser Word.

Drupal remplace l’ancien outil datant du début de l’ère Bush (fils, pas père), créé spécialement pour la Maison Blanche par une équipe de développeurs en 2000. A cette époque, aucun système CMS digne de ce nom n’existait de façon gratuite et répandue, ce qui obligeait chaque équipe de développement à créer son propre système, qui devenait d’ailleurs généralement impossible à maintenir si on changeait d’équipe1. Selon un article de l’agence de l’époque, leur outil était censé être provisoire, à tel point qu’ils n’ont jamais pris le temps de lui attribuer un nom, et l’appelaient simplement « The Tool ». Pourtant, « The Tool » a tenu huit ans, pendant toute la durée des deux mandats de George W. Bush.

Voilà donc l’occasion, en ce dimanche pluvieux, d’utiliser la machine à remonter le temps d’Internet, pour une plongée dans les anciennes versions du site whitehouse.gov – à l’époque du XXème siècle.

  1. aujourd’hui, on n’a que l’embarras du choix entre les nombreuses plateformes de blogs et CMS, complets et gratuits, qui ont permis le développement fulgurant des sites perso et des blogs []