Pierre Moscovici menace d’arrêter son blog

Le député socialiste Pierre Moscovici, qui tient un blog de façon assidue depuis juin 2007, fais les frais d’une calamité particulièrement répandue dans la blogosphère politique : l’inanité et la stérilité des commentaires.

Dans une « lettre ouverte » publiée hier, il avoue envisager d’arrêter purement et simplement son blog :

Plusieurs d’entre vous, ces jours-ci, l’ont écrit : ce blog est menacé de disparition. Nous n’en sommes bien sûr pas là, mais la stérilité des débats qui s’y déroulent est frappante. […] Ce blog est un des plus lus de la « blogosphère » politique, peut-être même le premier, […] bref c’est un succès.

Ce succès est-il pour autant complet ? Non, car j’observe certaines dérives. En effet, quel que soit le sujet traité, […] le débat dégénère très vite dans une foire d’empoigne, au ton pas toujours très digne, sans argumentations dignes de ce nom, autour d’un thème obsessionnel : Ségolène ou Martine, avec périodiquement le retour de DSK. […]

Je sais qu’il s’agit d’un symptôme, d’un mal-être plus général, que ce n’est pas spécifique à ce blog. Mais je ne veux pas que celui-ci se transforme […] en forum de la discorde des socialistes. Je ne vais pas d’emblée arrêter de le nourrir […] mais je vais observer attentivement le déroulement de vos échanges, puis en tirer des conséquences.

La « commentosphère » est un aspect par essence indissociable des blogs – la notion de discussion étant intrinsèque au blog – mais elle peut paradoxalement mettre en danger les blogs eux-mêmes.

Plus un blog connaît de succès, plus son audience se diversifie et s’éloigne de son coeur de lectorat, prêtant ainsi le flanc à des « trolls » capables de ruiner les conversations. Mais la politique est un thème naturellement exposé : les blogs traitant de jardinage ou de mode ne subissent pas les affres des trolls dans la même mesure. Pierre Moscovici a un peut-être un hobby moins polémique, dont il voudrait faire profiter les internautes à la place de ses billets politiques ?

Les vidéos qui buzzent cette semaine

Pour bien commencer le week-end, je vous recommande deux petites vidéos sympathiques qui ont fait leur petit bonhomme de buzz cette semaine.

La première est celle de l’intervention pleine de fougue du député conservateur britannique Daniel Hannan, lors d’une session du Parlement Européen. Le député accuse le premier ministre Gordon Brown d’être responsable de la fort mauvaise prosture économique de la Grande-Bretagne, qui subit actuellement la crise financière avec plus de violence encore que d’autres pays européens.

Il conclut son intervention, musclée mais d’une élégance toute britannique, avec cette phrase choc : « You are the devalued Prime Minister of a devalued Government ». Postée il y a deux jours, cette vidéo a déjà été vue 1,4 millions de fois !

Pas du tout de la même ampleur (84 000 visionnages), mais amusante à voir, la seconde vidéo compile des extraits d’un discours du Président de la République en visite dans une usine d’Alstom. L’air fatigué ce jour-là, il devait avoir envie de dire un certain nombre de choses qu’il avait sur le coeur, notamment à propos de ses amis des élites…

Obama commence à exploiter son trésor de campagne

Alors que les Républicains, décidés à tirer des leçons de leur défaite, annoncent maintenant vouloir rattraper leur retard sur Internet « octet par octet », l’équipe du nouveau président ne s’endort pas pour autant sur les lauriers de sa victoire.

Barack Obama a en effet récolté un véritable trésor de guerre pendant sa campagne : il ne s’agit pas des 600 millions de dollars récoltés, mais des  13 millions d’adresses e-mails recueillies auprès des supporters à travers le pays. Le candidat l’avait promis : il gouvernerait comme il a fait campagne, en impliquant et en mobilisant le peuple dans ses décisons.

Et l’occasion n’a pas tardé : le plan de relance de l’économie de 3500 milliards de dollars est loin de faire l’unanimité au Congrès, et Obama a besoin du soutien d’un maximum de sénateurs. Le groupe Organizing For America, en charge de la gestion de cette mégabase d’emails, va donc lancer un vaste mouvement pour inviter les Américains à convaincre leurs sénateurs à soutenir le président dans son plan de relance. Comme au bon vieux temps de la campagne, les supporters pourront s’organiser en ligne pour passer un coup de fil afin de prêcher la bonne parole, non plus auprès de leurs voisins, mais auprès de leurs représentants élus. C’est ce qu’on appelle une campagne  « grassroot », du lobbying par la base.

Le « pirate » Epelboin contre Hadopi

http://www.dailymotion.com/video/x8rhpz_epelboin2-2

En pleine controverse contre la loi Hadopi, Vicastel.net a rencontré Fabrice Epelboin, web-entrepreneur et fondateur du Réseau des Pirates, qui considère ce projet de loi comme une « mauvaise réponse à un problème mal posé ».

Voici le Manifeste des Pirates, qui résume sans détours son point de vue :

« Je prends le parti des pirates.
Ils sont, nous sommes,  des millions, en France, chaque jour à échanger des oeuvres: des tubes, des films à la mode, mais aussi des films et des disques rares, introuvables,  des œuvres oubliées ou «tombées» dans le domaine public.

Ces pratiques sont là pour durer. Elles sont inscrites dans la révolution numérique.
Les tentatives d’interdire les échanges sur Internet – par l’intimidation ou par le filtrage – sont vaines.
Leur coût en termes de libertés publiques est inacceptable.
Cantonnées dans la clandestinité, ces pratiques de partage ne donnent pas, il est vrai, le meilleur d’elles-mêmes.
C’est au grand jour qu’elles révéleront toutes leurs potentialités.

Il est grand temps de reconnaître ces pratiques.  De cesser cette guerre contre le public et la jeunesse.
En attendant ce jour, je prends le parti des pirates.

Je déclare que je suis l’un d’entre-eux.
Je déclare avoir consommé, remixé ou diffusé des œuvres culturelles.
Alors, pour eux je suis un pirate. »

A noter aussi qu’hier, la Nouvelle-Zélande abandonne sa loi Hadopi sous la pression de l’opposition des FAI et des organisations à but non lucratif… au même titre que la Grande Bretagne et l’Allemagne. Who’s next?

Dernier de la classe?

La très démocrate agence Blue State Digital (BSD), responsable de la brillante campagne du candidat Obama sur le net ($6 millions de dons), continue son travail, riche en e-innovations ; c’est l’avènement de la « clicocratie ».

L’une d’elle est le projet USAService.org qui encourage les citoyens américains à s’engager dans des actions sociales dans leur voisinage. D’autres projets d’envergures nationales sont gérés par l’agence dans le but de coordonner la politique de leur Président (et patron) et ainsi de conserver un lien « privilégié » (e-mail, infos perso…) avec les citoyens américains.

Ainsi, BSD prouve à nouveau que le web offre des opportunités géniales pour les politiques mais qu’en est-il dans la classe politique française ? Le constat est moins lumineux : design des sites dépassé, newsletters pas ou peu adaptées, vidéos proches du chaos audiovisuel, contenu éditorial « libre » donc absent. Bref, BSD nous donne une bonne leçon de discipline et de réalisme.

Interview Twitter de McCain : pas de langue de bois en 140 caractères

Twitter est terriblement en vogue sur la blogosphère et parmi les internautes geeks en ce moment. Tellement qu’on frise l’overdose.

Mais il faut quand même signaler une idée originale d’un journaliste de ABCNews, qui va interviewer mardi prochain John McCain via Twitter.

Comme chaque réponse est limitée à 140 caractères, Twitter pourrait bien être la killer app anti-langue de bois des politiciens…