Obama a dépensé 3 M$ en e-pub

Barack Obama aurait dépensé près de 3 millions de dollars en publicité sur Internet entre janvier et avril 2008, selon le site Clickz qui s’est procuré les documents de la Federal Election Commission.

La plus grande partie de ce budget (2,08 M$ soit 70%) aurait été investie sur Google, en liens sponsorisés. L’achat publicitaire sur Google et son réseau offre deux principaux avantages, ce qui explique la part de lion que s’est taillé le moteur de recherche dans le plan média d’Obama : une très forte couverture de la population américaine en raison de la puissance de l’audience de Google, et un modèle d’achat au Coût Par Clic, avantageux car il permet de garantir un nombre défini de visites vers le site du candidat.

Les deux principaux concurrents de Google ont aussi eu leur part du gâteau, Yahoo! à hauteur de 252 000$ et MSN de 73 000$. En complément des liens sponsorisés, l’équipe d’Obama a également acheté de la publicité sur sites médias1 tels que Politico.com, AOL, CNN.com, et même MySpace et Facebook pour le côté communautaire. Sur ces sites, il ne s’agissait pas de liens sponsorisés, mais de bannières certainement achetées au CPM, c’est à dire payées au nombre d’affichages.

Le but de ce type d’achat média n’est pas le même : alors que les liens sponsorisés génèrent de gros volumes de trafic vers le site officiel, les bannières servent à diffuser un message précis auprès des internautes. Ces actions « tactiques » sont beaucoup plus ciblées, par rapport au public visé (lecteurs de journaux « intellectuels » ou orientés démocrates, par exemple) et dans le temps (quelques jours avant une primaire).

Quant à McCain et Clinton, aucune donnée sur leurs investissements publicitaires en ligne n’est disponible actuellement.

  1. étonnamment, l’équipe de Barack Obama ne m’a toujours pas contacté pour acheter de l’espace sur Vicastel.net []

A butor, butor et demi

L’un des sports préférés des élus du Parti Socialiste, surtout lorsqu’ils se trouvent être dans l’opposition comme en ces années de sarkozysme, c’est de se chercher noise entre eux. On s’invective, on se scandalise, on vocifère et on s’indigne, tout cela dans une joyeuse ambiance de cour d’école, mais sous les ors de l’Assemblée ou du Sénat, et payé par nos impôts. Avant l’ère numérique, les socialistes aimaient régler leurs comptes par journaux interposés (Le Monde et le Nouvel Obs étant leurs bacs à sable préférés), et dans des émissions radio ou TV. L’avènement d’Internet leur a fourni un nouveau média pour agrandir leur terrain de jeu, et c’est désormais aussi à travers leurs blogs que les grands enfants du PS se crêpent le chignon.

Le cancre Mélenchon, blogueur depuis 2004, vieil habitué des polémiques, et passablement revigoré par la couverture médiatique dont il a fait l’objet ces derniers temps à cause de ses positions sur la Chine, se trouve une fois de plus au centre de l’une de ces querelles improbables dont les socialistes ont le secret. Cette fois, il s’agit d’un discours sur les langues régionales tenu au Sénat le 13 mai dernier (le texte est disponible sur le site du Sénat). Comme souvent, Mélenchon ne mâche pas ses mots et n’a pas peur de muscler son discours avec des comparaisons venues de très loin, rappelant par exemple que le dictionnaire du breton unifié de 1942 a été écrit par un collaborateur des nazis.

Ce discours n’a pas plu à tous ses collègues, surtout Bretons. Ni une ni deux, le député (PS) du Finistère Jean-Jacques Urvoas saisit son ordinateur et embroche virtuellement son collègue sur son blog dans un billet intitulé Butor, billet repris en intégralité par le journal Le Télégramme de Brest :

Voilà un élu qui n’honore pas sa fonction. […]

Dans cette subtilité qui n’appartient qu’à lui, et qu’heureusement personne ne songe à lui disputer, il vient d’émettre un jugement à l’emporte-pièce dont il est certes coutumier, mais qui ne le rend pas pour autant recevable. […]

Que répondre à ce tissu d’insanités sinon que ce petit monsieur, à dessein ou non, confond langues et dialectes, que le breton unifié n’a pas plus de raison d’être marqué au fer rouge de la collaboration que la fête des mères […]

Jean-Luc Mélenchon, bien loin de mettre de l’eau dans son vin suite à ses propos, lui répond quelques jours plus tard via son blog :

Le montage de mes propos (avec guillemets mensongers à l’appui) est d’une telle malveillance et si manipulatoire qu’il me paraît extrêmement révélateur d’un état d’esprit. […]

Ces propos et les mots utilisés pour me désigner ont une tonalité nauséabonde. […] Je trouve également très significatif le contenu et le ton sur lequel sont faits les commentaires des violents qui approuvent ses propos alors même qu’ils ont eu le moyen de vérifier eux-mêmes l’inanité du montage d’Urvoas en allant vérifier mes propos sur le site du Sénat. Je recommande la découverte de ce visage du folklore local de la haine ethniciste.

Au-delà de ces disputes politiciennes éternelles, et sans juger le fond de la polémique, il est intéressant de voir que les blogs d’élus sont aujourd’hui un outil de communication à part entière, et que la presse n’hésite plus à reproduire des notes publiées sur ces supports.

Illustration de Caricatures-sarkozy.com.

La Thaïlande censure

Parfaite transition pour mon retour de vacances : le gouvernement thaïlandais menace de fermer 29 sites coupables d’offense au roi Bhumibol Adulyadej. La police a convoqué les responsables de ces sites accusés d’insulte à la monarchie, dont Prachataï, Fah Diew Kan et Hi-thaksin.net.

La Thaïlande n’en n’est pas à sa première censure du web : Youtube avait été bloqué 4 mois l’an dernier, le temps que Google accepte de retirer des vidéos parodiques mettant en scène le roi à côté d’un pied. Pour un Français, ça n’a l’air de rien – notre président de la République est bousculé bien plus durement chaque jour – mais les Thaïlandais ont un grand respect pour leur roi, souvent considéré comme un demi-dieu, et ont un immense dégoût pour les pieds. Selon leur tradition, il s’agit de la partie la plus sale et la moins noble du corps, car elle touche terre. Comparer quelqu’un à un pied est donc une terrible insulte. Et sachant que le crime de lèse-majesté est passible de 15 ans de prison, les webmasters incriminés doivent être dans leurs petits souliers.

Par ailleurs, le Computer Crim Act voté en juillet 2007 a conduit à la mise en place d’un numéro court (le 1111) pour permettre à chaque citoyen de dénoncer un site web jugé trop taquin à l’endroit du souverain. Aujourd’hui en Thaïlande, il est donc simple comme bonjour de faire fermer un site politique un peu trop critique.

Hillary hésite… et continue

De l’avis de la plupart des observateurs, les résultats des primaires de Caroline du Nord et d’Indiana viennent de porter le coup de grâce à Hillary Clinton pour l’investiture démocrate. La voix des urnes s’est élevée en faveur de son adversaire, et qui plus est, ses finances sont au plus bas, à tel point qu’elle vient de verser de sa poche 6,4 millions de dollars à la campagne.

Hillary Clinton aurait donc raisonnablement pu arrêter cette course à l’investiture démocrate qui n’en finit plus, pour laisser à Barack Obama un maximum de chances face à John McCain. Ce matin, juste après la fin du décompte des voix en Indiana, elle envoyait un mail intitulé « Grâce à vous » à ses supporters :

La victoire de ce soir en Indiana était juste, et une marge aussi étroite ne signifie qu’une seule chose : chaque chose que vous avez fait pour nous aider à gagner en Indiana a aidé à faire la différence. […]
Chaque appel que vous avez passé, chaque ami à qui vous avez parlé de notre campagne, chaque dollar que vous avez donné a rendu possible la victoire de ce soir.
Merci infiniment de rendre cette campagne possible. Continuons à faire l’histoire ensemble.

Pas d’appel aux dons. Un ton sensiblement moins décidé qu’à l’ordinaire, presque mélancolique. Pendant quelques heures, on a senti en direct un flottement chez la sénatrice.

Et puis en début de soirée, un second e-mail est tombé, ragaillardi et décidé :

Aujourd’hui, de toutes les façons possibles, j’exprime ma détermination personnelle à continuer cette campagne. Après notre victoire en Indiana, il ne reste que 28 jours pour voter. […]
Et avec vous à mes côtés, je vais continuer à me battre pour ce que je crois jusqu’à ce que chaque électeur ait pu s’exprimer. […]
Alors que nous entrons dans les 4 semaines finales de cette compétition, continuons à dire ce que nous avons dans nos coeurs.
La question ne se pose pas, nous devons faire compter chacun des 28 jours restants, et nous commençons aujourd’hui. […]

C’est le baroud d’honneur. Hillary Clinton sait qu’Obama l’emportera – cela se lit entre les lignes -, mais elle ne s’avouera pas vaincue avant les dernières primaires, le 3 juin prochain.

Quant à David Plouffe, le directeur de campagne de Barack Obama, apprenant que les Clinton venaient de réinjecter personnellement plusieurs millions de dollars dans leur campagne, il a envoyé ce soir un nouveau mail demandant aux internautes d’ouvrir leur portefeuille pour ne pas se laisser rattraper.

Une blogueuse empêchée de quitter Cuba

La jeune cubaine Yoani Sanchez, qui tient à travers son blog Generation Y une chronique élégante et piquante de la difficile vie quotidienne sous le régime castriste, a reçu le mois dernier le prestigieux prix espagnol de journalisme Ortega y Gasset. Le quotidien El Pais lui a décerné cette distinction en raison de l’ »ingéniosité » dont elle fait preuve en surmontant les entraves à la liberté d’expression à Cuba, de son style « vivace » et de sa volonté de rejoindre « l’espace mondial du journalisme citoyen ».

Generation Y – ainsi nommé en référence au goût des Cubains pour les prénoms en Y – est le blog cubain le plus populaire, avec plus d’un million de visites mensuelles, principalement depuis l’étranger. Son poids politique est tel que Yoani Sanchez a été classée par le Times parmi les 100 personnalités les plus influentes en 2008. Un bel exemple pour la blogosphère !

Agée de 32 ans, philologue de formation, Yoani avoue avoir créé son blog pour « exprimer ses frustrations » – et faire connaître des aspects de la vie à Cuba qui ne sont jamais abordés dans la presse officielle, entièrement aux mains de l’Etat. Selon elle, recevoir ce prix « montre que les blogs cubains peuvent constituer une source parallèle d’informations, de réflexions et d’opinions indépendants des médias officiels de Cuba ». La liberté d’expression sous le régime communiste est en effet toujours aussi limitée, et tenir un blog politique est pour le moins sportif. Pour mettre en ligne des articles, la jeune femme doit se déguiser en touriste et se glisser dans des hôtels de La Havane permettant aux étrangers de surfer sur Internet. Car à Cuba, seuls les étrangers et quelques privilégiés (fonctionnaires et universitaires) ont accès au web. Et c’est seulement le mois dernier que le président Raul Castro a autorisé les Cubains à posséder un ordinateur et du matériel électronique, même si cette mesure ne fait que légaliser une situation déjà répandue grâce au marché noir.

Yoani Sanchez devait se rendre à Madrid ces prochains jours pour recevoir le prix Ortega y Gasset, mais elle a appris aujourd’hui que les autorités ne lui délivreraient pas d’autorisation de sortie du territoire. Elle a donc annulé son voyage. Selon la blogueuse, ce refus « va donner lieu à la chronique la plus pertinente sur la réalité cubaine que j’aurai écrite en 13 mois : que je ne puisse pas assister à la remise du prix, cela parle tout seul ».

Vidéos de la campagne américaine

Mike Gravel : Fire it up ! Le plus rock’n’roll des candidats, Mike Gravel, 78 ans, s’en prend à Barack Obama dans cette remix dance d’un discours du candidat démocrate. L’anecdote que raconte Obama n’en finit plus, et Gravel se moque de lui en l’enjoignant d’en venir aux faits, de débattre enfin des vraies questions politiques : Fire it up ! Let’s debate the issues !

https://www.youtube.com/watch?v=JYf7eiLqe2U

Obama Girl dans American Idol. Une nouvelle parodie de la jolie Obama Girl, qui s’imagine en candidate de la Nouvelle Star américaine, l’émission American Idol.

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Les jeunes UMP refont Mai 68 quarante ans plus tard

Le buzz de la semaine, ce n’est pas chez Barack Obama, mais chez les jeunes UMP que ça se passe. De nombreux blogueurs politiques ont en effet reçu un e-mail faisant la promotion d’un débat avec André Glucksmann le 7 mai, et par la même occasion du site 40ansplustard.fr. Ce sont les jeunes militants de l’UMP Grandes Ecoles – et non pas de la Sorbonne – sous la houlette de Frédéric Lefebvre qui remettent Mai 68 au goût du jour, mais cette fois du côté de la majorité. Selon eux, la jeunesse qui bouge a changé de camp : elle porte désormais la mèche, un polo Ralph Lauren et des chaussures de bateau (vous savez, avec les lacets en tire-bouchon).

L’initiative est si gauche (je n’ai pas pu résister) dans sa réalisation qu’on n’y croit pas un instant. Les 4 jeunes populaires qui nous expliquent sur la page d’accueil pourquoi ils se sentent les héritiers du mouvement de nos parents ne sont pas crédibles une seconde. Alors forcément, la blogosphère – surtout de gauche – ne les a pas loupés. D’autant que l’e-mail envoyé aux blogueurs « influents » affichait l’ensemble des destinataires, ce qui n’est pas très adroit. Depuis quelques jours, cette opération suscite ricanements et grincements de dents un peu partout : Birenbaum essaie d’être drôle, Maxime Pisano essaie de l’imiter, Finis Africae dit des gros mots, Embruns en dit encore plus, Luc Mandret parle de lui comme toujours, Vinz grommelle gentiment, Versac s’énerve méchamment, Marianne relève le niveau, et tout le réseau web officiel de l’UMP diffuse l’info. Seuls Authueil et l’Assistant parlementaire semblent avoir compris qu’en la matière, peu importe qu’on se moque ou non, l’essentiel est qu’on parle de vous.

Et incontestablement, les « jeunes pop » ont réussi un joli coup de bluff, on ne parle que d’eux ces jours-ci sur le web politique. Leur groupe Facebook compte plus de 500 membres. La question qui demeure est de savoir s’ils ont fait exprès ou non de susciter ces railleries pour créer le buzz. Ce serait sans doute les surestimer que de penser qu’ils ont été assez subtils pour créer sciemment une opération second degré. Mais il faut leur reconnaître le mérite de n’avoir pas hésité à communiquer complètement à contre-courant de leurs idéaux politiques historiques, pour occuper le terrain. Comme quoi, quand on ose…

Remous dans le microcosme du web politique français

Ca tangue un peu, ces jours-ci, dans le web journalistico-blogo-politique hexagonal.

LePost (petit frère de Lemonde.fr) fait l’objet d’une charge virulente de la part du blog Le Petit Champignacien Illustré dans un billet intitulé LePost, ou l’extrême droite décomplexée. Le site est notamment accusé de faire de la « politique politicienne par petites phrases sans grandes analyses » et même carrément de la « politique de caniveau ». Spéciale dédicace à Guy Birenbaum, posteur vedette du Post, qui est également chroniqueur politique émérite sur la radio Rires & Chansons. Le site d’Arrêt sur Images a largement amplifié l’écho de cette polémique en citant le billet champignacien.

Le « mauvais esprit » du site satirique Backchich.info, qui fait parler de lui de temps en temps avec des coups comme la vidéo off de Rachida Dati, est confronté aux tristes réalités pécuniaires de notre monde. A court de trésorerie, la rédaction n’a pu verser les salaires d’avril à ses pigistes, et lance donc une opération de collecte auprès des internautes pour essayer de « poursuivre [cette] folle aventure jusqu’en octobre prochain ».

Enfin, le néologisme de la semaine, c’est la « réacosphère » : comprenez la blogosphère aux valeurs réactionnaires, souvent d’extrême droite. Libération y consacre un article à l’occasion d’un cyber-mouvement de protestation contre une publicité Matelsom. Pour son papier, le journaliste avait interviewé par e-mail Le Grand Charles, l’une des figures de cette réacosphère, mais il n’a apparemment pas repris (ou compris ?) le sens de ses propos, car Le Grand Charles ne s’y est pas du tout retrouvé. Il a donc publié l’intégralité de l’interview pour nous rendre témoins de la distorsion.

Vidéos américaines de la semaine

Hillary et la machine à café. Après avoir tenté de prouver son empathie pour les « cols bleus » en buvant une chope avec des ouvriers il y a quelques semaines, Hillary Clinton a été vue en train de lutter contre une machine à café lors de son passage dans une station-essence de l’Indiana. La scène dure 30 secondes, et de toute évidence la sénatrice ne doit pas souvent se servir du café elle-même au bureau. Cela amuse beaucoup les Américains, car la vidéo a déjà été vue 800 000 fois en 2 jours.

The Empire Strikes Barack. La suite de la saga parodique dont je vous ai montré les épisodes ces dernières semaines, avec une nouvelle vidéo de Star Wars axée sur les turbulences que traverse actuellement Barack Obama.

McBain for America. Parodie d’une pub de campagne de John McCain, avec le super-héros McBain de la série les Simpsons.