Comment Obama modifie les règles du jeu avec Internet

Je vous entends déjà soupirer, encore un billet sur Obama et le web… Oui, mais aujourd’hui c’est pour commenter et vous recommander la lecture de deux bons articles qui poussent la réflexion plus loin, au-delà des petites vidéos virales du plus branché des candidats.

  • Politico.com : Welcome to the age of the soundblast
    Si le débat entre Kennedy et Nixon en 1960 a installé la télévision devant la radio comme média dominant pour les élections présidentielles américaines, le match démocrate de 2008 pourrait bien marquer la fin de sa domination au profit du web. Depuis 1960, les hommes politiques ont du s’adapter sans cesse à la diminution de leur temps de parole à l’antenne, la diffusion de longs discours étant remplacée par des courtes citations, souvent hors du contexte. C’est la pression de l’audimat et le zapping qui ont progressivement contraint les chaînes à privilégier les images choc et les petites phrases. Ainsi, le temps moyen accordé par la télévision aux citations des candidats à la présidentielle américaine est passé de 43 secondes en 1968, à 25 secondes en 1972 puis à 10,8 secondes en 2004. Ce phénomène est appelé « Sound bite shrinking ».
    Pourtant, Barack Obama a réussi à contourner cette contrainte en utilisant intensivement un nouveau média, le web. En effet, ses 800 vidéos sur Youtube ont été vues plus de 33 millions de fois, pour une durée moyenne de visionnage de 13 minutes. Et son grand discours de 37 minutes sur la race et l’union a été vu près de 4 millions de fois. Obama est ainsi le seul candidat qui a si bien su, non pas s’affranchir de la télévision, mais utiliser un canal complémentaire pour communiquer ses idées de façon approfondie, en se libérant des contraintes de format et de temps.
  • Mathoda : The Coming Digital Presidency
    Après avoir si brillamment utilisé Internet durant sa campagne pour diffuser ses idées, organiser ses militants et lever des fonds, quelles leçons tirera Barack Obama de son expérience online s’il est élu ? Dans quelle mesure ce média pourrait-il aussi lui être utile pour gouverner ?
    Tout d’abord, le vaste réseaux de supporters constitué durant la campagne pourront être facilement recontactés via Internet après l’élection, pour leur expliquer les décisions politiques du président. Le ciblage pourra être très granulaire grâce aux informations fournies lors de l’inscription. Barack Obama a également répété qu’il voulait améliorer la transparence – un argument important après 8 ans d’administration Bush -, notamment grâce à l’utilisation des nouvelles technologies. Le site web de la Maison Blanche devrait ainsi permettre à tous les citoyens d’accéder aux archives des contrats et accords gouvernementaux, des relations avec les lobbies, et de consulter et commenter les nouvelles lois. Au-delà du droit de regard, Obama a également l’intention de solliciter les Américains pour certaines décisions, en faisant appel, selon ses mots, à « l’expertise vaste et dispersée des citoyens américains pour aider le gouvernement à prendre des décisions mieux informées ». C’est le principe de la démocratie participative chère à Ségolène Royal, dans un pays où la souveraineté du peuple est la base de la Constitution, mais où paradoxalement, la volonté des Pères Fondateurs était que les représentants élus soient préservés des impulsions et émotions du peuple pour gouverner plus sereinement.

Vidéos françaises de la semaine

Tecktonik par Raffarin. Une parodie de Nonolimit, l’auteur du remix de Neuilly, qui fait danser l’ancien premier ministre sur des vibes de Tecktonik. Les paroles sont de Raffarin lui-même (un célèbre extrait d’un de ses discours en anglais).

Boss à Martinon. Toujours du même auteur, un hommage à David Martinon, ancien proche collaborateur de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, ancien candidat à la mairie de Neuilly, ancien porte-parole de l’Elysée…

Fitna, le film anti-islam de Geert Wilders

geert wildersLe député hollandais d’extrême droite Geert Wilders a mis en ligne jeudi dernier son court-métrage contre l’islam, intitulé « Fitna » (en arabe: division et discorde au sein de l’islam). Le film suscitait la polémique aux Pays-Bas avant même sa sortie, mais la presse et beaucoup d’internautes le considèrent finalement moins outrancier que prévu. Le court-métrage de 17 minutes, certes très racoleur, est en fait avant tout un montage d’images dures d’attentats terroristes, mais sans argumentaire réellement construit à l’encontre de l’islam. La communauté musulmane aux Pays-Bas est restée très calme, mais l’Iran dénonce « une vendetta de la part de citoyens occidentaux contre l’islam et les musulmans » et des manifestations auraient eu lieu au Pakistan.

Initialement mis en ligne sur la sulfureuse plateforme britannique de vidéos LiveLeak, le film a été retiré dès le lendemain suite aux menaces pesant sur le personnel. Ce qui n’a pas empêché sa traduction immédiate et sa diffusion sur d’autres plateformes telles que Google Vidéo ou Youtube. Selon les premiers chiffres, plus de 3 millions d’internautes auraient regardé la vidéo dès la première journée, et elle figure dans le Top 5 de ViralVideoChart.
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Tir chinois contre la France sur Internet

drapeau chineCe serait une erreur de croire que le gouvernement chinois verrouille l’accès au web à ses 210 millions d’internautes : certes, il censure durement ce qui va à l’encontre de ses intérêts, mais il sait aussi utiliser le réseau mondial pour diffuser sa propagande. Or, l’Empire du Milieu n’apprécie guère l’attitude actuelle de la France, qui condamne les violences au Tibet, soutient le Dalaï-Lama et envisage un boycott de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.

En réaction, le 2ème portail chinois, Sohu.com, vient d’ouvrir une chaîne anti-française, appelant au boycott des produits et services hexagonaux. Les internautes sont invités à exprimer leurs sentiments envers la France, et 60 000 commentaires (pour la plupart très négatifs) ont déjà été écrits.

Obama Girl grille Obama

Vous avez découvert sur ce blog la dernière vidéo d’Obama Girl, intitulée « Hillary ! Stop the attacks ! ». Cette fois, Amber Lee Ettinger (c’est son nom) signe un clip plus politique, moins léger, clairement dirigé contre Hillary Clinton. Le site MediaCurves a demandé à un panel de 440 internautes de donner leur impression – positive ou négative – envers Barack Obama à la vue de cette vidéo. Eh bien pas de chance, le clip s’avère contre-productif, sans doute à cause de son caractère trop agressif que l’on n’attend pas de la part de la jolie chanteuse. Le résultat est moins négatif chez les hommes que chez les femmes, et là l’explication n’est pas à chercher très loin… suivez mon regard…

McCain blogue

Connaissez-vous McCainBlogette.com ? C’est le blog de Meghan McCain, la fille du candidat républicain à la Maison Blanche. A l’origine, Meghan y parlait de mode, de design et de culture pop – ses passions -, mais depuis que Papa a décidé de faire campagne, elle s’est aussi mise à raconter et photographier les coulisses des voyages familiaux de ces derniers mois. Ce qui donne au final des photos assez sympas par leur proximité : Meghan dans son jet privé, Papa faisant un discours devant 300 personnes, la femme de Clint Eastwood qui passe dire bonjour, Papa assailli par les journalistes…

Un blogueur ne rentre pas dans une réunion PS

Le jeune blogueur Ahmed du site Themagazine.fr a voulu assister au conseil national du PS le 25 mars dernier, mais le service de sécurité ne l’a pas laissé entrer, arguant qu’il fallait être journaliste accrédité. Ahmed a laissé la caméra tourner, ce qui permet d’entendre le discours du « vigile », qui est justifié sur le fond (on ne peut pas vérifier l’identité de quelqu’un qui n’a pas de carte de presse) et poli mais ferme dans la forme. Encore une illustration de la différence entre les blogueurs citoyens et les journalistes professionnels. L’amour-propre blessé explique sans doute le commentaire à la fin de la vidéo…

http://www.dailymotion.com/video/x4uv63

Sur Internet, journalistes professionnels et journalistes « citoyens » se côtoient

A lire dans Ecrans.fr, le supplément de Libération, un article sur la cyber-réputation par Vincent Dufief, avocat spécialisé dans les nouvelles technologies. Un paragraphe est particulièrement intéressant, que je cite ici :

C’est un fait, l’Internet communautaire permet désormais à chaque internaute de rendre n’importe quel contenu potentiellement visible par des dizaines de millions de personnes. S’il faut clairement se réjouir de cette consécration de la liberté d’expression et de l’avènement d’un « journalisme citoyen », qui permet de bousculer les dernières barrières de la censure ou de la désinformation, il demeure que cette facilité de diffusion de l’information permet aussi de publier des contenus franchissant allègrement les bornes de la légalité. Force est aussi de constater que journalisme professionnel et journalisme « citoyen » se mélangent aussi souvent sur internet, comme sur les sites des médias « traditionnels » où les commentaires des lecteurs côtoient l’article professionnel, offrant ainsi à des informations fréquemment subjectives, et non nécessairement vérifiées, une visibilité et un crédit particuliers.

Eh oui, le voilà l’enjeu du web politique : entre les journalistes professionnels qui s’adaptent un tantinet difficilement à ce nouveau média, et les innombrables blogueurs qui se revendiquent journalistes citoyens, plus proches du terrain mais souvent avec un niveau politique plus amateur (n’y voyez rien de péjoratif), comment trouver l’équilibre ? Qui tiendra le haut du pavé sur le web dans les prochaines années ?

1 million de signatures en ligne pour le Tibet

Les émeutes au Tibet sont sous les feux de l’actualité internationale, même si la Chine fait tout pour étouffer l’affaire en tentant de contrôler les informations et les images qui s’échappent. Alors que les dirigeants politiques de certains pays posent la question du boycott des JO de Pékin, sur le web aussi les internautes se mobilisent pour manifester leur solidarité.
Le site Avaaz.org a ainsi réuni en seulement sept jours 1 million de signatures à sa pétition en ligne. L’objectif est maintenant d’arriver à 2 millions en quatre jours, après quoi les signatures seront remises au président chinois Hu Jintao. Un module de viralité sur le site, avec import automatique de carnet d’adresses, incite les gens à faire suivre la pétition à leurs amis.

Cependant, si l’on regarde la courbe de tendances de Google Trends pour le mot « Tibet » sur les 30 derniers jours, on constate que les Etats-Unis ne figurent même pas dans les 10 premiers pays ayant effectué la recherche, le premier étant la Suisse, suivie de la Chine elle-même. Ceci tend à indiquer que le grand public américain n’est pour l’instant pas très informé (ou concerné) par la situation.

google trends tibet

(cliquez pour agrandir l’image)