Après la filature d’Olivier Besancenot, le mystérieux boîtier de Bernard Thibault et les visites de l’appartement de Ségolène Royal, la militante communiste et féministe Clémentine Autain serait-elle la nouvelle victime d’une tentative de muselement des personnalités de gauche ?

Sûrement pas. Mais son blog, ouvert depuis août 2006, est atteint d’un bug qui l’empêche de poster de nouveaux billets depuis près de 3 semaines. C’est en tous cas ce qu’a annoncé l’administrateur la dernière fois qu’il a réussi à se connecter. Mais vu la fréquence des billets (5 à 8 par mois) et son peu d’empressement à résoudre le problème technique, on imagine que Clémentine ne fait pas de son blog une priorité dans sa communication. Ou qu’elle est tout simplement partie en vacances.

La Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP) a publié fin juin un rapport d’activité sur les comptes des partis politiques pour la campagne présidentielle de 2007. On y apprend ainsi que les 12 candidats ont dépensé 79 millions d’euros au total, dont 47 millions en “propagande” et notamment 2,5 millions d’euros pour leurs sites Internet. Des sommes bien éloignées de ce que les candidats à la Maison Blanche engloutissent en ce moment.

Candidat Budget sites Internet % dépenses du candidat
Royal 866 220 € 4%
Bayrou 720 511 € 7%
Sarkozy 675 571 € 3%
Voynet 130 172 € 9%
Buffet 107 604 € 2%
Le Pen 29 741 € 0%
Laguillier 17 212 € 1%
Bové 8 859 € 1%
de Villiers 5 485 € 0%
Besancenot 5 404 € 1%
Nihous 2 543 € 0%
Schivardi 664 € 0%

Ci-contre la ventilation des dépenses par candidat.

Le trio de tête est assez logiquement constitué de Ségolène Royal, François Bayrou et Nicolas Sarkozy, qui totalisent à eux seuls 2,3 millions d’euros de budget, soit 88% des dépenses de tous les candidats pour leurs sites Internet.

Seuls deux d’entre eux ont consacré plus de 4% de leur budget à Internet. Pourtant, la Commission ne précise pas si la publicité online (liens sponsorisés, e-mailing, etc.) est prise en compte dans ces chiffres.

Politique.net a par ailleurs entrepris une série d’articles sur le sujet, que je vous invite à lire.

Ségolène Royal a envoyé hier un virulent e-mail aux abonnés de la newsletter de Desirsdavenir.org, au sujet des visites répétées dont son appartement a fait l’objet.

Je vous le retranscris ci-dessous, il se passe de commentaires :

Objet : Ce n’est pas une affaire personnelle, c’est une affaire politique

Chères amies, chers amis,

Le 27 juin dernier, je n’ai pas été victime d’un cambriolage, j’ai été l’objet d’une volonté délibérée de déstabilisation. Et ce, à la veille d’un discours politique important, où je mettais en cause la mainmise du clan Sarkozy sur la France.

Ce ne sont pas des voleurs qui sont venus à mon domicile : on ne m’a même pas volé une boucle d’oreille ! La police elle-même a déclaré mercredi 11 juillet qu’il s’agissait d’une « mise à sac ».

Il fallait que les visiteurs sachent à quelle heure précise j’allais rentrer à mon domicile, à quelle heure précise il n’y avait personne dans l’appartement. C’est un travail de professionnel, maîtrisé, organisé.

Les « visiteurs » ont fouillé mon domicile. Ils ont trouvé la précédente plainte que j’avais déposée. Ils l’ont déchirée et ils l’ont laissée bien en évidence sur un meuble. C’est une mise en scène préméditée.

C’est la troisième fois que mon domicile est visité. La première c’était en août 2006, déjà à la veille d’un discours important, drôle de coïncidence.

Alors, je vous le dit, ce n’est pas d’une affaire personnelle dont je vous parle. C’est une affaire politique d’une extrême gravité.
C’est un scandale dans une démocratie comme la France. Dans une démocratie on ne peut pas accepter cela, on ne peut pas le passer sous silence. De même, on ne peut pas accepter que d’autres responsables politiques - comme Olivier Besancenot - aient fait l’objet d’une surveillance. Le climat est lourd dans notre démocratie.

Volonté délibérée de déstabilisation mais volonté de qui ?

J’ai dit qu’il y avait une drôle de coïncidence, que l’on visite mon domicile à la veille d’un discours politique important. Deux choses me paraissent scandaleuses : d’abord la passivité des autorités de l’Etat, ensuite les insultes du Premier ministre et de l’UMP.

La passivité de l’Etat a été injustifiable. Vous connaissez un pays démocratique dans lequel le domicile d’un responsable de l’opposition est mis à sac trois fois ? Cela fait quinze jours que le pouvoir est parfaitement au courant de ce qui s’est passé. La police est venue et a fait un travail admirable ; le Procureur est resté jusqu’à 3 heures du matin. Le ministère de la Justice et le pouvoir sont donc parfaitement au courant. Et il y a eu des articles de presse dès le lendemain des faits.

Or que se passe-t-il ? Même pas une réaction officielle, même pas un coup de téléphone, rien. Tout se passe comme si on voulait nier ce qui s’est passé. Comme si c’était sans importance et sans gravité. Dans n’importe quelle démocratie, le pouvoir aurait condamné cette mise à sac avec force.

En moins de deux ans, il y a eu six violations de domiciles, concernant des membres de mon équipe ou moi-même. Jamais les coupables n’ont été arrêtés.

Et puis la deuxième chose qui me scandalise, c’est la réaction de la droite à mes propos. Il n’y a pas eu un seul responsable de droite pour reconnaître la gravité de cette affaire. Ils ont voulu me déstabiliser pour me faire taire. Ils n’y sont pas parvenus. Ils n’y parviendront pas.

En ce qui concerne les révélations sur les empreintes digitales d’une jeune femme retrouvées chez moi, lors de la « visite » de mon appartement en 2006, je vous renvoie au communiqué de Jean-Pierre Mignard, Président de Désirs d’avenir, que vous trouverez ci-dessous.

Sachez qu’on ne m’arrêtera pas. Je continuerai avec vous, et avec d’autres, à dénoncer la mainmise du clan Sarkozy sur tous les pouvoirs. On ne fera pas taire la gauche. Croyez-moi.

À très bientôt,

Ségolène Royal

Les nouveaux sites gouvernementaux qui fleurissent ces derniers temps témoignent que nous sommes dans une période d’intense communication institutionnelle sur Internet :

  • Pour tenir au courant les Français des réformes engagées par le gouvernement, l’Elysée vient de lancer Touteslesreformes.com. Composé de 17 rubriques qui correspondent à autant de chantiers, il recueille les témoignages vidéo des ministres eux-mêmes, qui expliquent les réformes mise en oeuvre au sein de leur ministère: culture, éducation, emploi, justice, santé, etc. Pourtant il en manque, notamment la Défense.
  • Un portail du pouvoir d’achat a été mis en ligne fin juin pour la campagne de communication du gouvernement autour de cette promesse présidentielle. On remarque que son audience est boostée par l’achat de liens sponsorisés sur des mots-clés tels que “pouvoir d’achat“.
  • Par ailleurs, selon François de la Brosse, responsable de la stratégie Internet de la présidence, un autre site est actuellement en préparation sur le thème du “acheter mieux pour vivre mieux”.

C’est l’occasion de jeter un oeil à l’audience des nombreux sites gouvernementaux qui coexistent aujourd’hui. Voici le classement Nielsen//NetRatings de mai 2008 :

Site Visiteurs uniques mensuels (000)
impots.gouv.fr 7484
finances.gouv.fr 3572
Service-Public.fr 1632
Premier Ministre 1370
education.gouv.fr 1296
Ministère de l’Equipement (www.developpement-durable.gouv.fr) 872
interieur.gouv.fr 821
minefi.gouv.fr 646
Ministère du Travail, des Relations Sociales et de la Solidarité (travail.gouv.fr) 639
Sénat 547
culture.gouv.fr 466
Ministère de l’Ecologie (www.developpement-durable.gouv.fr) 400
fonction-publique.gouv.fr 397
Assemblee-Nationale.fr 369
defense.gouv.fr 368
Ministère du Budget, des Comptes Publics et de la Fonction Publique (fonction-publique.gouv.fr) 362
sante.gouv.fr 328
Le site du prix des carburants 321
justice.gouv.fr 311
travail.gouv.fr 305
Ministère de l’Agriculture et de la Pêche 214
Securité Routière 195
vie-publique.fr 190
amendes.gouv.fr 183
minefe.gouv.fr 178
industrie.gouv.fr 173
sante.fr 167
cohesionsociale.gouv.fr 135
jeunesse-sports.gouv.fr 122
Présidence de la République 97
drire.gouv.fr 68
douane.gouv.fr 50
Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports 49
Administration 24h24 (service-public.fr) 49
retraites.gouv.fr 46
PME.gouv.fr 37

 
Plusieurs choses intéressantes ressortent :

  • Le site le plus populaire est celui… des impôts. Pas étonnant, car 7,4 millions de Français déclarent leurs revenus en ligne.
  • Le site du Premier Ministre a beaucoup plus de succès (1,3 M de Visteurs Uniques) que celui du Président de la République (97 000 VU).
  • Le site du Prix des carburants, lancé par le Ministère des Finances, fonctionne assez bien, avec plus de 300 000 visiteurs.
  • L’architecture globale manque de cohérence : plusieurs sites sont comptabilisés séparément, alors qu’ils sont hébergés sur le même domaine.

Bref, il serait nécessaire d’harmoniser cette galaxie de sites gouvernementaux disparates et éparpillés, qui sont probablement développés indépendamment par chaque ministère, avec des niveaux techniques très variables de l’un à l’autre.

La vidéo off de Nicolas Sarkozy sur France 3 a littéralement enflammé le web et la blogosphère cette semaine. Visionnée plus de 1,5 million de fois, elle a créé un buzz politique comme on n’en avait plus vu depuis… pas si longtemps, finalement. Mais le phénomène a pris suffisamment d’ampleur pour que de nombreux titres de presse traditionelle en parlent ces derniers jours.

Pourtant, un article est passé relativement inaperçu au milieu de cette cacophonie. Libération a recueilli le témoignage de personnes présentes sur le plateau de France 3 au moment de “l’incident”, qui donnent une explication très différente des faits. Selon eux, le chef de l’Etat était arrivé énervé par des manifestants au pied de l’immeuble, et n’en voulait pas particulièrement au technicien.

Aller plus loin que les apparences. C’est peut-être ça, le métier d’un vrai journaliste… bravo Libé.

Un nouveau off d’émission télévisée vient de fuiter sur Internet. Après le off de Rachida Dati, cette fois c’est le Président de la République qui en fait les frais : Rue89 a reçu les images des minutes qui ont précédé son interview sur France 3 hier soir.

La vidéo est croustillante. On y voit Nicolas Sarkozy, manifestement stressé, s’agacer d’un technicien qui ne répond pas à son bonjour et lâcher “on n’est pas dans le service public, on est chez les manifestants” et “ça va changer, là”. Ambiance sur le plateau. Puis, il se réjouit du retour du journaliste Gérard Leclerc, sorti de ses deux ans de “placardisation”. Nouveau froid. Enfin, il vérifie que l’accident de Carcassonne sera bien abordé pendant l’émission, pour être sûr de pouvoir remonter encore une fois les bretelles de la Grande Muette.

Sur le fond, cet extrait ne révèle pas grand chose, si ce n’est la tension - compréhensible - qui règne sur le plateau avant une émission importante. Déjà vue près de 200 000 fois 350 000 fois 600 000 fois, la vidéo est promise à un grand succès cette semaine.

Mais cette nouvelle mode dans les chaînes de TV qui consiste à diffuser sur Internet des rushes internes est pour le moins surprenante. France 3 a d’ailleurs annoncé ce matin avoir lancé une enquête pour trouver le responsable de la fuite. France24 avait promis la même chose avec l’affaire Dati, mais on n’a jamais su…

Edit du 2 juillet : Suite à la divulgation de cette vidéo (déjà vue 1,2 million de fois), France 3 menace Rue89 d’un procès, et somme le site de détruire la vidéo et de révéler sa source. Cette menace judiciaire entre deux médias est inédite,  la rédaction de Rue89 annonce qu’elle ne cédera pas.

Ségolène Royal a annoncé hier par e-mail que sa contribution - “notre” contribution selon ses termes - pour le Congrès des socialistes de novembre était maintenant disponible sur son site participatif dédié Congresutileetserein.com (lire mon billet à ce sujet). Dans quelle mesure les contributions des internautes ont été prises en compte dans la synthèse finale ? Ce n’est pas clair.

Quoi qu’il en soit, ce dossier en 7 points, qui est le fruit “d’une large participation de militants, de chercheurs et de femmes et d’hommes politiques”, sera remis au Parti Socialiste le 2 juillet. D’ici là, les adhérents peuvent le signer en ligne, ainsi que l’ont déjà fait des centaines de militants.

Ségolène Royal est aujourd’hui l’une des personnalités politiques françaises à faire l’usage le plus intensif du web, alors que des anciens candidats comme François Bayrou ou Nicolas Sarkozy ont presque oublié Internet depuis la fin de la campagne présidentielle 2007.

Il y a quelques jours, l’équipe de la Ségosphère annoncait par e-mail le lancement de la nouvelle version du site Desirsdavenir.org, un peu délaissé depuis la présidentielle.

D’un point de vue esthétique et fonctionnel, cette nouvelle mouture est assez réussie, avec une jolie charte graphique, et une navigation claire et agréable. Destiné à être le navire amiral de la communication online de Ségolène, le site met en ligne agenda, discours, médias, et dispose de fonctionnalités spéciales pour les comités locaux ou les “jeunes d’avenir”.

Du côté des débats participatifs chers à Ségolène Royal, une rubrique permet aux internautes de s’exprimer sur certaines sujets. Seulement cinq sujets de dissertation pour l’instant, mais fort ambitieux, comme par exemple “Un Parti socialiste efficace et ouvert”. Tout un programme. Espérons d’ailleurs que cela finira par déboucher sur un programme.

Le site pointe également vers d’autres spots de l’univers web de Ségolène Royal:

  • Un groupe Facebook - incoutournable en 2008 - qui compte un peu moins de 400 membres.
  • Une galerie Flickr toute récente (10 juin), sur laquelle viennent d’être mises en lignes des photos de meetings remontant à la campagne présidentielle. Il faudra voir si cette galerie sera régulièrement alimentée.
  • Une chaîne Dailymotion à peine plus ancienne (9 juin), qui regroupe déjà 265 vidéos mais seulement 34 fans.
  • Un Skyblog créé en mars 2007, et non actualisé depuis octobre. Encore un Skyblog à l’abandon…
  • Un article Wikipédia. Il est assez étrange de faire un lien vers l’encyclopédie collaborative, car elle est censée être neutre. Or, montrer ainsi que l’équipe web garde un oeil attentif sur ce qui est écrit à propos de Ségolène Royal ne rassure pas quant à la neutralité de Wikipédia.

A signaler également, une interview récente de Ségolène par plusieurs blogueurs politiques, dont Maxime Pasino, Marie-Isabelle Pichon, Dagrouik et Lt Casaldi. Dans une ambiance de goûter de mercredi après-midi, l’entretien fleure un peu l’amateurisme scolaire, face à une institutrice qui a l’air de s’ennuyer avec ces blogueurs “militants politiques modernes”, comme ils disent. De toutes façons, la prise de son est ratée. Bref, je vous en dispense.

Photographie de Richard Ying.

Elles ne sont pas toujours diffusées par les médias traditionnels, qui relaient plus volontiers les altercations entre politiciens de partis opposés. Mais la politique est aussi le théâtre de scènes violentes entre élus du même camp : on en a vu (re)surgir plusieurs ces derniers temps, sur le web. Voici les meilleures scènes.

Ségolène royale. Lors d’une séance du conseil régional de Poitou-Charentes le 26 février dernier, une sérieuse altercation a éclaté entre la présidente (de région) Ségolène Royal et plusieurs membres de l’assemblée dont Jean-François Fountaine, lui-même socialiste. Cette scène, qui avait été diffusée à la télévision en février, est soudainement réapparue de manière opportune sur Internet il y a quelques semaines, au moment où l’ex-candidate annonce ses ambitions à la tête du Parti Socialiste.

Maxime Gremetz enragé. Décidément, les conseils ne se passent pas toujours dans une ambiance feutrée. Lors du conseil régional de Picardie le 28 avril dernier, le député communiste Maxime Gremetz en vient carrément aux mains avec ses homologues socialistes, qui tentent de lui faire quitter la salle. Observez la technique d’attaque très particulière de l’élu en costume :-)

Christine Boutin, ministre du logement, et Claude Goasguen, maire UMP du 16ème arrondissement, se sont chamaillés en direct devant les journalistes le 11 juin, lors d’une visite de Christine Boutin venue inaugurer un centre d’hébergement pour SDF. Claude Goasguen revient sur cet épisode sur son blog.

Villepin sur la presse “pâtée pour chat”. Ce n’est pas une dispute, mais Dominique de Villepin a vivement critiqué la presse, et indirectement le président de la République, lors d’un débat organisé par Politique.net et Dauphine. Il dénonce “l’esprit de cour” et les industriels “partie prenante du jeu politique” (Le Figaro), qui seraient une “vérole pour la démocratie”. L’ancien premier ministre ne mâche pas ses mots, allant même jusque à trouver que la presse avait un plus grand esprit d’indépendance sous l’Empire. C’est évidemment son ennemi juré Nicolas Sarkozy qui est visé, et Dominique de Villepin se fait l’écho - à droite - de la critique selon laquelle les médias seraient fortement influencés par l’Elysée. Avec cette phrase désabusée, inquiétante car elle vient de quelqu’un qui sait de quoi il parle : “En politique, la transparence est toujours le maquillage de quelque chose.” Décidément, les hommes politiques ne sont jamais aussi passionnants que lorsqu’il sont retirés de la vie publique.

L’un des sports préférés des élus du Parti Socialiste, surtout lorsqu’ils se trouvent être dans l’opposition comme en ces années de sarkozysme, c’est de se chercher noise entre eux. On s’invective, on se scandalise, on vocifère et on s’indigne, tout cela dans une joyeuse ambiance de cour d’école, mais sous les ors de l’Assemblée ou du Sénat, et payé par nos impôts. Avant l’ère numérique, les socialistes aimaient régler leurs comptes par journaux interposés (Le Monde et le Nouvel Obs étant leurs bacs à sable préférés), et dans des émissions radio ou TV. L’avènement d’Internet leur a fourni un nouveau média pour agrandir leur terrain de jeu, et c’est désormais aussi à travers leurs blogs que les grands enfants du PS se crêpent le chignon.

Le cancre Mélenchon, blogueur depuis 2004, vieil habitué des polémiques, et passablement revigoré par la couverture médiatique dont il a fait l’objet ces derniers temps à cause de ses positions sur la Chine, se trouve une fois de plus au centre de l’une de ces querelles improbables dont les socialistes ont le secret. Cette fois, il s’agit d’un discours sur les langues régionales tenu au Sénat le 13 mai dernier (le texte est disponible sur le site du Sénat). Comme souvent, Mélenchon ne mâche pas ses mots et n’a pas peur de muscler son discours avec des comparaisons venues de très loin, rappelant par exemple que le dictionnaire du breton unifié de 1942 a été écrit par un collaborateur des nazis.

Ce discours n’a pas plu à tous ses collègues, surtout Bretons. Ni une ni deux, le député (PS) du Finistère Jean-Jacques Urvoas saisit son ordinateur et embroche virtuellement son collègue sur son blog dans un billet intitulé Butor, billet repris en intégralité par le journal Le Télégramme de Brest :

Voilà un élu qui n’honore pas sa fonction. [...]

Dans cette subtilité qui n’appartient qu’à lui, et qu’heureusement personne ne songe à lui disputer, il vient d’émettre un jugement à l’emporte-pièce dont il est certes coutumier, mais qui ne le rend pas pour autant recevable. [...]

Que répondre à ce tissu d’insanités sinon que ce petit monsieur, à dessein ou non, confond langues et dialectes, que le breton unifié n’a pas plus de raison d’être marqué au fer rouge de la collaboration que la fête des mères [...]

Jean-Luc Mélenchon, bien loin de mettre de l’eau dans son vin suite à ses propos, lui répond quelques jours plus tard via son blog :

Le montage de mes propos (avec guillemets mensongers à l’appui) est d’une telle malveillance et si manipulatoire qu’il me paraît extrêmement révélateur d’un état d’esprit. [...]

Ces propos et les mots utilisés pour me désigner ont une tonalité nauséabonde. [...] Je trouve également très significatif le contenu et le ton sur lequel sont faits les commentaires des violents qui approuvent ses propos alors même qu’ils ont eu le moyen de vérifier eux-mêmes l’inanité du montage d’Urvoas en allant vérifier mes propos sur le site du Sénat. Je recommande la découverte de ce visage du folklore local de la haine ethniciste.

Au-delà de ces disputes politiciennes éternelles, et sans juger le fond de la polémique, il est intéressant de voir que les blogs d’élus sont aujourd’hui un outil de communication à part entière, et que la presse n’hésite plus à reproduire des notes publiées sur ces supports.

Illustration de Caricatures-sarkozy.com

Le buzz de la semaine, ce n’est pas chez Barack Obama, mais chez les jeunes UMP que ça se passe. De nombreux blogueurs politiques ont en effet reçu un e-mail faisant la promotion d’un débat avec André Glucksmann le 7 mai, et par la même occasion du site 40ansplustard.fr. Ce sont les jeunes militants de l’UMP Grandes Ecoles - et non pas de la Sorbonne - sous la houlette de Frédéric Lefebvre qui remettent Mai 68 au goût du jour, mais cette fois du côté de la majorité. Selon eux, la jeunesse qui bouge a changé de camp : elle porte désormais la mèche, un polo Ralph Lauren et des chaussures de bateau (vous savez, avec les lacets en tire-bouchon).

L’initiative est si gauche (je n’ai pas pu résister) dans sa réalisation qu’on n’y croit pas un instant. Les 4 jeunes populaires qui nous expliquent sur la page d’accueil pourquoi ils se sentent les héritiers du mouvement de nos parents ne sont pas crédibles une seconde. Alors forcément, la blogosphère - surtout de gauche - ne les a pas loupés. D’autant que l’e-mail envoyé aux blogueurs “influents” affichait l’ensemble des destinataires, ce qui n’est pas très adroit. Depuis quelques jours, cette opération suscite ricanements et grincements de dents un peu partout : Birenbaum essaie d’être drôle, Maxime Pisano essaie de l’imiter, Finis Africae dit des gros mots, Embruns en dit encore plus, Luc Mandret parle de lui comme toujours, Vinz grommelle gentiment, Versac s’énerve méchamment, Marianne relève le niveau, et tout le réseau web officiel de l’UMP diffuse l’info. Seuls Authueil et l’Assistant parlementaire semblent avoir compris qu’en la matière, peu importe qu’on se moque ou non, l’essentiel est qu’on parle de vous.

Et incontestablement, les “jeunes pop” ont réussi un joli coup de bluff, on ne parle que d’eux ces jours-ci sur le web politique. Leur groupe Facebook compte plus de 500 membres. La question qui demeure est de savoir s’ils ont fait exprès ou non de susciter ces railleries pour créer le buzz. Ce serait sans doute les surestimer que de penser qu’ils ont été assez subtils pour créer sciemment une opération second degré. Mais il faut leur reconnaître le mérite de n’avoir pas hésité à communiquer complètement à contre-courant de leurs idéaux politiques historiques, pour occuper le terrain. Comme quoi, quand on ose…

Ca tangue un peu, ces jours-ci, dans le web journalistico-blogo-politique hexagonal.

LePost (petit frère de Lemonde.fr) fait l’objet d’une charge virulente de la part du blog Le Petit Champignacien Illustré dans un billet intitulé LePost, ou l’extrême droite décomplexée. Le site est notamment accusé de faire de la “politique politicienne par petites phrases sans grandes analyses” et même carrément de la “politique de caniveau”. Spéciale dédicace à Guy Birenbaum, posteur vedette du Post, qui est également chroniqueur politique émérite sur la radio Rires & Chansons. Le site d’Arrêt sur Images a largement amplifié l’écho de cette polémique en citant le billet champignacien.

Le “mauvais esprit” du site satirique Backchich.info, qui fait parler de lui de temps en temps avec des coups comme la vidéo off de Rachida Dati, est confronté aux tristes réalités pécuniaires de notre monde. A court de trésorerie, la rédaction n’a pu verser les salaires d’avril à ses pigistes, et lance donc une opération de collecte auprès des internautes pour essayer de “poursuivre [cette] folle aventure jusqu’en octobre prochain”.

Enfin, le néologisme de la semaine, c’est la “réacosphère” : comprenez la blogosphère aux valeurs réactionnaires, souvent d’extrême droite. Libération y consacre un article à l’occasion d’un cyber-mouvement de protestation contre une publicité Matelsom. Pour son papier, le journaliste avait interviewé par e-mail Le Grand Charles, l’une des figures de cette réacosphère, mais il n’a apparemment pas repris (ou compris ?) le sens de ses propos, car Le Grand Charles ne s’y est pas du tout retrouvé. Il a donc publié l’intégralité de l’interview pour nous rendre témoins de la distorsion.

Depuis ses déroutes aux dernières élections présidentielle, législatives et municipales, le Front National est au bord du gouffre politique et financier. Pour rembourser ses dettes et trouver les moyens de subsister, le parti n’a d’autre choix que de vendre ses actifs, et c’est ainsi qu’a été mis en vente le Paquebot, siège historique du FN à Saint-Cloud.

Mais cela ne suffit pas, alors on se résigne à se séparer d’autres biens, dont la voiture personnelle de Jean-Marie Le Pen, une Peugeot 605 blindée toutes options. Celle-ci a été mise aux enchères sur eBay hier, avec les précisions suivantes :

Suite à son remplacement, nous mettons en vente la Peugeot 605 blindée de Jean-Marie Le Pen, utilisée quotidiennement par celui-ci, y compris encore pendant la dernière campagne présidentielle.
Il s’agit d’une 605 SV 3.0 année modèle 92, équipée par LABBE d’un blindage niveau 2.
Véhicule toutes options régulièrement entretenu et en excellent état (voir photos), cependant vendu en l’état et sans garantie.

A considérer comme un objet de collection, plaisantins s’abstenir.
Nous sommes à votre disposition pour toutes questions complémentaires.

Malheureusement pour le trésorier du FN, les petits malins ne se sont pas abstenus. En 24 heures, les enchères ont dû être remises à zéro deux fois, le prix ayant atteint le chiffre fantaisiste de 10 millions d’euros (c’eût été trop beau). Vraiment ce n’est pas de chance pour Le Pen : comment pourra-t-il redresser les finances de son parti, s’il n’arrive même plus à vendre tranquillement ses bijoux de famille…

Edit du 4 mai : apparemment le FN a renoncé, car l’enchère est annulée sur eBay. Ou alors ils ont vraiment empoché les 10 millions d’euros et tout va mieux pour eux…
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On a beaucoup entendu parler, ces dernières semaines, de Jean-Luc Mélenchon à propos de sa position sur le dossier sino-tibétain, qui se situe sinon à rebours, du moins en fort décalage par rapport à l’opinion française dominante telle qu’elle est relayée par la majorité des médias et des politiques. Le sénateur PS a eu l’occasion de s’exprimer dans des émissions de radio et de télévision, ainsi que par le biais d’un long billet sur son blog, lequel blog figure parmi les plus fréquentés de la sphère politique française. J’ai souligné lors de deux précédents billets que Jean-Luc Mélenchon était assez au fait d’Internet, non seulement par son utilisation, mais aussi par sa compréhension du rôle de ce nouveau média.

Il a publié hier un nouveau billet pour raconter l’écho considérable qu’a eu son premier article sur la Chine, qui aurait suscité près de 2500 commentaires et 1500 réactions par mail. Probablement une record pour un blog d’homme politique français. La médiatisation de ses propos dans les médias de masse a certainement contribué pour grande partie à cette audience, mais la blogosphère a aussi abondamment cité son article. Jean-Luc Mélenchon est renforcé dans sa conviction que le blog est un outil d’expression “hors du commun”:

Je milite depuis assez longtemps, j’ai utilisé tant de vecteurs d’expression, que je peux mesurer l’apport de ce nouvel outil. Quelle merveille ! Il produit une capacité de propagation, et de mise en lien des protagonistes d’une discussion, sans précédent et sans équivalent. [...]
Un grand nombre de commentaires exposent une analyse. C’est cela le plus précieux. Bon nombre d’entre elles m’ont permis de corriger ou d’adapter mes arguments à l’occasion des passages audiovisuels.

Un article de Libération fait un tour d’horizon de l’utilisation des SMS et du web par les lycéens actuellement en grève contre la réforme de l’Education Nationale. Ce sont deux armes d’usage différent : les textos servent à prévenir les camarades d’une action imminente, comme une manifestation place de la Bastille, tandis que les blogs servent à mieux mobiliser, à afficher les revendications et à raconter les événements en contournant les médias traditionnels. De nombreux lycées ont maintenant leur propre blog de grève, comme Fustel de Coulanges dans l’Essonne, Sonia Delaunay dans les Yvelines ou Gustave Eiffel en Seine St-Denis.

Adrien, créateur du blog de Fustel, utilise pleinement les possibilités offertes par le web pour organiser le mouvement : “Je me demande vraiment comment ils faisaient il y a 15 ou 20 ans. C’est un gros plus pour l’organisation. Ça nous offre une super visibilité auprès des profs, mais aussi des autres syndicats. Grâce à ça, j’ai même eu des contacts avec le Parti Socialiste.”
Mais ça ne marche pas à tous les coups, comme le prouve ce commentaire d’un apprenti syndicaliste malheureux au lycée de Goussainville : “Bonjour, ça fait plusieurs semaines que j’essaie de mobiliser mon lycée mais ça ne prend pas, j’aurais besoin de conseils svp”.

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