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Le président cubain Fidel Castro, qui régnait à la tête du pays depuis la révolution cubaine de 1959, a annoncé aujourd’hui qu’il renonçait à briguer un nouveau mandat. Il publie les raisons de son départ dans une longue lettre sur l’édition électronique de Granma, le quotidien officiel du régime communiste. Après près d’un demi-siècle de pouvoir absolu, le Lider Maximo a vu son état de santé se dégrader sérieusement depuis 19 mois, ce qui l’a conduit à prendre cette décision.
C’est donc une page de l’histoire politique et de la Guerre Froide qui se tourne; la suite sera connue le 24 février lors de la nomination du nouveau président.
Voici la traduction française de la lettre de Fidel Castro :
Mes chers compatriotes,
Je vous ai promis vendredi 15 février que lors de ma prochaine réflexion, j’aborderai un thème de grand intérêt pour nos compatriotes. (…) Le moment est venu de postuler et d’élire le Conseil d’Etat, son président, ses vice-présidents et son secrétaire.
J’ai eu l’honneur d’assumer durant beaucoup d’années la charge de président. (…) J’ai toujours usé des prérogatives nécessaires pour conduire l’œuvre révolutionnaire avec le soutien de l’immense majorité du peuple.
Connaissant mon état de santé critique, beaucoup à l’extérieur pensaient que mon renoncement provisoire, le 31 juillet 2006, à la fonction de président du Conseil d’Etat, que j’avais alors confiée au premier vice-président, Raul Castro, était définitif. Raul lui-même et les autres camarades de la direction du parti et de l’Etat avaient des réticences à me considérer comme déchargé de mes fonctions, malgré mon état de santé précaire.
Ma position était inconfortable, face à un adversaire [les Etats-Unis] qui faisait tout ce qui était imaginable pour se débarrasser de moi, et à qui je n’ai jamais cherché à plaire.
Après, j’ai recouvré la maîtrise totale de ma pensée, la possibilité de lire et de méditer beaucoup, pendant mon repos forcé. J’avais suffisamment de force physique pour écrire de longues heures, mon temps étant également occupé par les programmes de rééducation. J’ai toujours été soucieux, en parlant de ma santé, d’éviter les illusions qui, en cas de dénouement négatif, auraient apporté des nouvelles traumatisantes à notre peuple au milieu de la bataille. Préparer mon absence, psychologiquement et politiquement, était ma première obligation après tant d’années de lutte. Je n’ai jamais nié que cette rééducation n’était pas ‘exempte de risques’.
Mon désir a toujours été de remplir mon devoir jusqu’à mon dernier souffle. C’est ce que je peux offrir.
A mes chers compatriotes, qui m’ont fait l’immense honneur de m’élire récemment comme membre du Parlement, au sein duquel des mesures importantes doivent être prises pour le destin de notre Révolution, je leur communique que je n’aspirerai ni n’accepterai – je répète – je n’aspirerai ni n’accepterai la charge de président du Conseil d’Etat ni de commandant en chef.
Mon devoir élémentaire est de ne pas m’accrocher à mes fonctions, et encore moins de faire obstacle à des personnes plus jeunes, mais d’apporter mes expériences et idées dont la modeste valeur vient de l’époque exceptionnelle qu’il m’a été donné de vivre.
Je trahirais ma conscience si j’occupais une responsabilité qui requiert une mobilité et un dévouement total, que je ne suis pas en mesure d’offrir à cause de ma condition physique.
(…) Je ne vous fais pas mes adieux. Je veux simplement combattre comme un soldat des idées. Je continuerai à écrire des textes sous le titre “Réflexions du camarade Fidel”. Ces écrits seront une arme supplémentaire dans l’arsenal sur lequel nous pourrons compter [pour mener la révolution]. J’espère que ma voix sera entendue. Je serai vigilant.
Merci,
Fidel Castro Ruz
Lundi 18 février 2008, à 17 heures 30Source : Lemonde.fr
