Capitalisme, une histoire d’amour qui a mal tourné

J’ai eu l’occasion de voir en avant-première le nouveau film de Michael Moore, Capitalism : A Love Story. Autant vous le dire tout de suite, c’est du Moore pur beurre : une oeuvre 100% de parti-pris, à charge contre sa cible (cette fois les milieux politico-financiers), et qui n’hésite pas à faire larmoyer la caméra. Rajoutez à cela ses habituels tics énervants, qui consistent à nous parler comme à des enfants de 6 ans, et à se mettre en scène sa casquette vissée sur le tête. Mais au moins, les choses sont claires dès le début, le réalisateur ne prétend pas à l’objectivité, ses « documentaires » sont partisans. Passé cela, on peut regarder le film sereinement.

Capitalism : A Love Story raconte la transformation du capitalisme, passé d’un modèle économique satisfaisant pendant les Trente Glorieuses, à un système de plus en plus financier et de moins en moins industriel ces 20 dernières années, jusqu’au krach de 2008. On pensait avoir tout vu sur la crise actuelle, mais Moore nous avait gardé des révélations saisissantes sur les pratiques de certaines entreprises américaines. Les infos originales et passionnantes s’enchaînent pendant deux heures, parfois tellement énormes qu’on se demande comment elles ont pu passer inaperçues jusqu’à présent. Comme cette prison privée pour mineurs, remplie par un juge soudoyé par le propriétaire pour faire du zèle. Ou ces pilotes de ligne débutants, si mal payés qu’ils doivent avoir un deuxième job pour survivre.

Plus terrible encore, ces familles suivies par la caméra, qui sont finalement expulsées de leur maison par les banques comme des milliers d’autres. Vu de France, ça paraissait abstrait. Vu de plus près, c’est poignant. Ce n’est finalement que dans les dernières minutes que le réalisateur va faire son cinéma à Wall Street, tentant de récupérer les 700 milliards de subventions gouvernementales versées aux banques avec un camion blindé. Sans succès.

Au final, un film terriblement efficace, original, émouvant, qui certes ne prend pas un grand risque en voulant fédérer les citoyens contre les financiers (qui aime encore les traders ?) mais dont on ressort en se disant que cette fois, vraiment, tout ne peut pas repartir comme si rien n’avait jamais eu lieu.